mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AARPI L'ILL LÉGAL |
Vu la procédure suivante :
H une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 14 mars 2023,
M. E D, représenté H Me Thallinger, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 9 mars 2023 H lesquels la préfète du Bas-Rhin, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et, d'autre part, a décidé de l'assigner à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 155 euros H jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement.
Il soutient que :
- la personne qui a signé les décisions contestées n'était pas habilitée à cette fin ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu n'a pas été respecté ;
- elle a été prononcée sans que sa situation n'ait fait l'objet d'un examen particulier ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du premier paragraphe de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
H un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2023, en présence de M. Bohn, greffier :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Thallinger, pour M. D, qui conclut au même fins et H les mêmes moyens que dans ses écritures ;
- les observations de M. D, qui conclut au même fins et H les mêmes moyens que dans ses écritures.
La préfète du Bas-Rhin n'était pas présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () H la juridiction compétente () ".
2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. G à l'aide juridictionnelle.
Sur les autres demandes :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
3. H un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié le 7 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. F, directeur des migrations et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à M. B C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, dans la limite des attributions dévolues à cette direction, tous actes et décisions à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions attaquées. H suite, le moyen tiré de ce que M. C n'était pas habilité à signer les arrêtés contestés manque en fait.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts.
5. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. D H les services de police, établi le 9 mars 2023, que l'intéressé, entendu sur sa situation administrative, familiale et professionnelle en France, a été spécifiquement avisé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a présenté des observations à cet égard. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.
6. En deuxième lieu, les énonciations de l'arrêté contesté, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée pour décider d'obliger le requérant à quitter le territoire français, permettent de vérifier qu'elle s'est prononcée à l'issue d'un examen particulier de sa situation.
7. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. D a, le 15 décembre 2021, sollicité la délivrance d'un titre de séjour, la préfète n'a pas répondu à cette demande et la pièce que M. D présente comme un courrier électronique des services de la préfecture du 6 mars 2023 ne suffit pas, en l'absence de tout élément permettant d'en vérifier l'authenticité, à établir que cette demande était encore en cours d'instruction à cette date. Il y a donc lieu de considérer que la demande a été implicitement rejetée le 15 avril 2022. L'obligation de quitter le territoire en litige, intervenue près d'une année après et qui ne fait nullement état de cette demande d'admission au séjour, n'a pas été prise en raison de son rejet et ne peut pas être regardée comme l'ayant été. H suite, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision de rejet pour contester l'obligation de quitter le territoire en litige.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie H tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".
9. M. D soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors que, étant arrivé en France en avril 2010 et y étant demeuré depuis, soit pendant plus de dix ans, il peut prétendre de plein droit à la délivrance du certificat de résidence algérien mentionné H ces stipulations. Les pièces qu'il produit, notamment les pièces médicales se rapportant à des consultations, des hospitalisations et des examens biologiques, permettent de vérifier qu'il a résidé habituellement en France à partir de décembre 2011 et jusqu'en 2018 inclus. Il a d'ailleurs bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé entre mars 2014 et mars 2017 et a continué à séjourner régulièrement en France sous couvert d'un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour jusqu'en août 2018. Outre des nouvelles pièces médicales, les éléments qu'il apporte, notamment des extraits de compte bancaire faisant état de retraits et dépôts réguliers effectués sur des distributeurs automatiques, permettent également de vérifier qu'il réside habituellement en France depuis l'année 2020. En revanche, les éléments qu'il produit pour l'année 2019, des courriers de la CPAM du Bas-Rhin relatifs à son attestation de tiers payant et à diverses dépenses en pharmacie entre janvier et mai 2019, non accompagnés d'éléments de nature à démontrer qu'il les a effectuées en personne, les avis d'imposition et l'attestation de quotient familial délivrée H l'Eurométropole de Strasbourg, au demeurant envoyés, pour la plupart, à une simple adresse de domiciliation postale, ne suffisent pas à établir qu'il a résidé habituellement en France durant cette année-là. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait, à la date de la décision contestée, la condition de résidence en France depuis plus de dix ans posée H les stipulations précitées. H suite, il n'est pas fondé à soutenir que ces stipulations font obstacle à la mesure d'éloignement contestée.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. D ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale en France, où il ne justifie pas être particulièrement intégré, et n'allègue même pas être dépourvu de toute attache en Algérie. Dans ces conditions, et alors même qu'il a majoritairement vécu en France depuis décembre 2011, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée H rapport aux buts en vue desquels elle a décidé de l'obliger à quitter le territoire français. H suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point précédent, le moyen tiré de ce que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité du refus de délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination sont illégaux du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
14. En second lieu, le moyen tiré de ce que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
16. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
19. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est assorti d'aucune précision, ce qui ne permet pas au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
20. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D, ainsi que, H voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Bas-Rhin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public H mise à disposition au greffe, le 4 avril 2023.
Le magistrat désigné,
P. A
Le greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026