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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301857

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301857

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 16, 22 et 24 mars 2023, Mme D F, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à la date de notification de l'ordonnance de cette Cour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il revient à la préfète de produire l'arrêté attaqué et de communiquer l'entier dossier sur la base duquel a été pris l'arrêté attaqué ;

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté préfectoral :

- les décisions attaquées ont été prise par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'erreur de droit dans la mesure où la préfète s'est estimée en situation de compétence liée du fait du refus de protection et n'a pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation tant au regard de l'existence de circonstances humanitaires que de l'opportunité, en l'espèce, de prononcer à son encontre une telle interdiction de retour ;

S'agissant de l'obligation de présentation :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- elle apporte des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur sa demande d'asile en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de Mme F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme F, assistée de M. E, interprète en langue géorgienne.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article

L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la demande de production par le préfet de l'entier dossier de la requérante :

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. (). ".

4. Il ne résulte pas de ces dispositions que le juge serait tenu de donner suite à la demande de la requérante autrement que par le simple respect du principe du contradictoire inhérent à toute procédure contentieuse administrative. En l'espèce, il n'est pas établi ni même allégué que le préfet se serait fondé sur des pièces qu'il n'aurait pas produites ou dont la requérante n'aurait pas eu connaissance. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et alors qu'au surplus le préfet du Haut-Rhin a produit le dossier de l'intéressée ainsi que l'arrêté litigieux, il n'y a pas lieu d'ordonner à l'administration de produire ledit dossier.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

5. En premier lieu, le préfet du Haut-Rhin, par un arrêté du 12 janvier 2022 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, a donné délégation à Mme B A, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les actes administratifs établis par la direction dont elle dépend, à quelques exceptions qui ne trouvent pas à s'appliquer en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

6. En second lieu, les décisions litigieuses comportent un énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin se serait cru en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen préalable de la situation de Mme F avant d'édicter la décision attaquée.

8. En second lieu, Mme F soutient que la décision litigieuse emporte de lourdes conséquences sur sa situation, dans la mesure où elle constitue un obstacle dans l'exercice de son droit d'asile jusqu'à l'issue de la procédure introduite devant la Cour nationale du droit d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante a été examinée dans le cadre de la procédure accélérée dès lors qu'elle est ressortissante d'un pays considéré comme sûr. Dans ces conditions, son droit au maintien sur le territoire français a pris fin lors de la notification, le 26 décembre 2022, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de la décision du 30 novembre 2022 portant rejet de sa demande. En outre, les nouveaux éléments qu'elle produit dans la présente instance, pour la plupart au demeurant non traduits, ne sont pas de nature à justifier de la réalité des persécutions dont elle soutient avoir été la victime en Géorgie. Au demeurant, il ressort des termes de la décision précitée de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que le rejet de la demande de protection déposée par la requérante est essentiellement fondée, non pas tant sur l'absence d'éléments permettant d'étayer ses dires, que sur le manque de précision et de cohérence de son récit, jugé vague et peu personnalisé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte des points précédents que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, elle n'est pas davantage fondée à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination en litige.

10. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. La requérante soutient qu'elle risque d'être persécutée en cas de retour en Géorgie. Toutefois, les éléments qu'elle verse à l'instance ne sont pas de nature, ainsi qu'il a été dit au point 8, à établir qu'elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte des points précédents que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, elle n'est pas davantage fondée à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin, qui fait état dans sa décision des éléments de fait relatifs à la situation de la requérante, n'aurait pas procédé à un examen préalable de la situation de Mme F avant d'édicter la décision attaquée.

14. En troisième et dernier lieu, la requérante ne justifie pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de faire obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Aussi, et nonobstant le fait qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de présentation :

15. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que le moyen selon lequel l'obligation de présentation doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".

17. La décision par laquelle le préfet astreint un étranger à une obligation de présentation et de remise de son passeport ou d'une pièce d'identité tend à assurer qu'il accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui a été imparti en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, en imposant à la requérante de remettre l'original de son passeport et de se présenter une fois par semaine à la gendarmerie, le préfet du Haut-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à l'objet de cette mesure, et ce en dépit du fait que l'identité de la requérante est connue et qu'elle dispose d'une adresse stable.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

18. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. / Elle est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 753-7 à L. 753-11 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application du c du 1° de l'article L. 542-2. ".

19. La requérante n'apporte pas d'éléments suffisamment probants de nature à justifier, au titre de sa demande, son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 14 mars 2023 jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours ne peuvent pas être accueillies.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Mme F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à Me Elsaesser et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

A. CLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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