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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301870

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301870

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. A une requête enregistrée le 16 mars 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 avril 2023, sous le numéro 2301870, M. D C, représenté A Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite A laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'instruire sa demande d'asile en procédure normale et a refusé de lui délivrer l'attestation de demande d'asile correspondante ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'instruire sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile correspondante dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros toutes taxes comprises au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle est fondée sur des circonstances nouvelles dès lors que le délai de six mois est expiré et qu'il n'était pas en fuite ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision ;

- il n'est pas établi que les autorités suisses ont été informées ;

- la France est devenue responsable de sa demande d'asile dès lors qu'il n'était pas en fuite mais ne pouvait se déplacer pour rester au chevet de son épouse qui souffre d'un cancer ayant atteint le foie, les poumons, le péritoine et les reins ;

- il y avait lieu de lui délivrer l'attestation de demande d'asile pour tenir compte notamment de sa vulnérabilité ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire, enregistré le 6 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun moyen n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision.

II. A une requête enregistrée le 16 mars 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 avril 2023, sous le numéro 2301871, Mme E C, représentée A Me Gaudron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite A laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'instruire sa demande d'asile en procédure normale et a refusé de lui délivrer l'attestation de demande d'asile correspondante ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'instruire sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile correspondante dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros toutes taxes comprises au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle est fondée sur des circonstances nouvelles dès lors que le délai de six mois est expiré et qu'elle n'était pas en fuite ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision ;

- il n'est pas établi que les autorités suisses ont été informées ;

- la France est devenue responsable de sa demande d'asile au motif qu'elle n'était pas en fuite mais ne pouvait se déplacer dès lors qu'elle est atteinte d'un cancer ayant attient le foie, les poumons, le péritoine et les reins ;

- il y avait lieu de lui délivrer l'attestation de demande d'asile pour tenir compte notamment de sa vulnérabilité ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire, enregistré le 6 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun moyen n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les décisions dont la suspension est demandée et les requêtes nos 2301465 et 2301595 à fin d'annulation présentées contre ces décisions ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023, en présence de M. Vitzikam, greffier d'audience :

- le rapport de M. Julien Iggert, juge des référés,

- et les observations de Me Gaudron, avocate de M. et Mme C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, A les mêmes moyens et soutient en outre que l'état de santé de Mme C ne lui permet aucun déplacement, et que M. C ne peut être séparé de son épouse et qu'ils ne peuvent être regardés comme étant en fuite.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. et Mme C à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la recevabilité :

3. Lorsqu'un demandeur d'asile fait l'objet d'une décision de transfert vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, la décision de transfert emporte celle refusant de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 et du paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement qui, respectivement, prévoient qu'il est " impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeur " et permettent à chaque État de " décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans [ce] règlement. ". L'article 29 de ce règlement prévoit que le transfert s'effectue dans un délai de six mois, qui peut être porté à dix-huit mois maximum si la personne concernée prend la fuite.

4. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'État responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

5. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.

6. En l'espèce, les requérants justifient, en produisant un certificat médical du 11 octobre 2022, postérieur aux décisions de transfert aux autorités helvétiques du 22 septembre 2022, que le cancer du sein dont elle était atteinte s'est développé et qu'elle présente aujourd'hui un cancer multimétastasique hépatique, pulmonaire, péritonéal entrainant également des complications pour les deux reins. La fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête doit dès lors être écartée au motif que cette circonstance de fait nouvelle, pertinente et postérieure à la décision de transfert est de nature à établir que M. et Mme C pouvaient utilement soutenir qu'ils auraient été considérés, à tort, comme étant en fuite.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

7. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies A le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

8. Mme C souffre d'une maladie d'une particulière gravité qui évolue rapidement. A ailleurs, les requérants ne peuvent obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en l'absence de demande d'asile. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, les requérants doivent être regardés comme justifiant de l'urgence de l'affaire prévue A l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :

9. Le moyen tiré de ce que c'est à tort qu'ils auraient été regardés comme étant en fuite, pour l'application de l'article 29 du règlement précité, est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de cette décision. A suite, l'exécution de ces décisions doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue A des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

11. Il résulte de la suspension ordonnée qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'instruire, à titre provisoire, la demande d'asile de M. et Mme C en procédure normale, et de leur délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. M. et Mme C sont admis, A la présente ordonnance, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. A suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gaudron, avocate de M. et Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Gaudron de la somme de 1 500 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée aux requérants.

ORDONNE :

Article 1 : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision A laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'instruire la demande d'asile de M. et Mme C en procédure normale est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin d'instruire, à titre provisoire, la demande d'asile de M. et Mme C en procédure normale, et de leur délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Gaudron, avocate de M. et Mme C, une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée aux requérants.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme E C, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Fait à Strasbourg le 11 avril 2023.

Le juge des référés,

J. B.

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2301870, 2301871

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