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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301901

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301901

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOLDBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2023, M. C A, représenté par Me Goldberg, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de par jour de retard, et de réexaminer sa situation sous 15 jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne lui est pas possible de se rendre au Kosovo ;

- sa sécurité ne serait pas assurée au Kosovo ;

- que la mesure conduirait à le séparer de ses enfants au mépris de l'intérêt supérieur de ceux-ci ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Faessel, président,

- les observations de Me Bohner, substituant Me Goldberg, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que le préfet a commis une erreur de droit en opposant les dispositions de l'article L 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables en l'espèce ;

- les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète en langue albanaise.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Kosovo né le 23 mars 1979, est entré en France le 1er février 2021 pour solliciter l'octroi du statut de réfugié. Par arrêtés des 21 novembre 2021 et 15 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sous 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur le refus de titre de séjour :

3. Il appartient au président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître et les conclusions accessoires y afférant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier que pour arrêter la décision portant refus de titre de séjour, le préfet du Haut-Rhin ne s'est pas fondé sur la circonstance que l'intéressé résidait en France, et non à l'étranger, au moment de la demande. Par suite M. A n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que ladite décision est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle lui a opposé cette condition.

5. Si M. A soutient que sa sécurité ne serait pas assurée s'il retournait au Kosovo, il ne présente toutefois aucun élément de nature à l'établir, alors d'ailleurs qu'il n'a jamais demandé à bénéficier d'une protection internationale. Il ne peut dès lors soutenir que le préfet ne pouvait légalement lui imposer, à supposer que tel soit bien le cas, de retourner dans son pays pour y obtenir un visa.

6. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant dès lors que la décision de refus de titre de séjour n'impose pas par elle-même à M. A de retourner dans son pays.

7. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant dès lors que la décision de refus de titre de séjour n'impose pas par elle-même la séparation de M. A d'avec ses enfants.

8. Il suit de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité alléguée du refus de titre de séjour entraine celle des décisions subséquentes.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Eu égard à ce qui vient d'être dit, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de la prétendue illégalité de la décision d'éloignement, à l'appui de ses conclusions à fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

10. Si l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", M. A ne présente toutefois aucun élément de nature à établir que sa sécurité serait menacée s'il venait à retourner au Kosovo.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence :

11. Ces conclusions ne sont assorties de la présentation d'aucun moyen tendant à l'annulation de l'arrêt attaqué.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés susvisés du préfet du Haut-Rhin. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires y afférant sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Haut-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président,

X. Faessel,

présidentLe greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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