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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301931

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301931

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 17 mars 2023 sous le n° 2301931, M. E D, représenté par Me Sabatakakis, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire national dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, subsidiairement de procéder dans le même délai à un nouvel examen de sa situation.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte portée à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens avancés ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 17 mars 2023 sous le n° 2301932, M. D, représenté par Me Sabatakakis, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est disproportionnée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Faessel, président ;

- les observations de Me Sabatakakis, avocat de M. D, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2301931 et 2301932 ont trait à la situation d'une même personne. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. M. D ressortissant de la RDC, né le 8 août 1980, est entré en France le

9 août 2016 pour solliciter l'octroi du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Par les arrêtés contestés des 8 novembre 2022 et 9 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sous 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur le refus de titre de séjour :

4. Il appartient au président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître et les conclusions accessoires y afférant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné à Mme B A, adjointe au chef de service de l'immigration et de l'intégration et cheffe du bureau de l'admission au séjour, délégation pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence de leur signataire doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que M. D a principalement résidé en France au bénéfice de sa demande d'asile, qui a été rejetée, ainsi qu'en se soustrayant à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 avril 2021. Les liens qu'il prétend avoir noué en France, autant en matière d'emploi que de sociabilité, sont superficiels. Il en va de même en ce qui concerne ses relations avec ses enfants demeurant en France, et la mère de ceux-ci, qu'il ne fréquente que le week-end ainsi que le mentionne notamment le certificat du psychiatre. Il n'a pas perdu toute attache dans son pays où demeure notamment l'un de ses enfants. Enfin, sa compagne n'est pas autorisée à séjourner en France et a donc vocation à retourner avec lui dans leur pays. M. D ne peut donc se prévaloir de ce que la mesure contestée porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale.

7. Il suit de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité alléguée du refus de titre de séjour entraine celle des décisions subséquentes.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Si M. D soutient qu'il souffre de troubles psychiques rendant nécessaire un traitement, il ne l'établit pas par la seule production d'un certificat d'un psychiatre, rédigé en termes péremptoires sur le seul fondement des déclarations de l'intéressé, et au surplus entaché d'inexactitudes matérielles. Il ne présent pas non plus d'élément attestant la persistance et la gravité actuelle et exceptionnelle de ses troubles ophtalmiques, ni l'impossibilité effective de recevoir dans son pays les soins nécessaires. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions protectrices de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Il ressort des pièces du dossier que si 5 des 6 enfants de M. D vivent en France, le requérant n'entretient toutefois avec eux que des relations épisodiques, sans qu'il n'apporte aucune justification à cette circonstance. Il n'établit pas non plus contribuer effectivement à leur entretien. Par ailleurs, la scolarisation des enfants est irrégulière et l'acquisition des apprentissages de base est médiocre. Au surplus, leur mère a elle-même vocation à retourner dans leur pays. Ainsi, la mesure contestée, qui ne privera pas les enfants de la présence de leurs parents et n'affectera pas leur évolution scolaire, ne peut être regardée comme méconnaissant les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; () ; 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code (durée) : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

12. Par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné à Mme F C, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, délégation pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence de leur signataire doit être écarté.

13. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit, M. D ne vit pas quotidiennement avec ses enfants, qu'il ne rencontre qu'en fin de semaine, selon les éléments et explications qu'il fournit lui-même. Il ne peut dès lors soutenir que les horaires selon lesquels il doit demeurer à son domicile, lui interdisent d'accompagner ses enfants dans leurs obligations scolaires.

14. Il suit de ce qui précède que les conclusions présentées pour M. D à fins d'annulation des décisions litigieuses ainsi que celles à fins d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer à M. D ou son conseil une somme au titre des frais engagés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires y afférant sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président,

X. Faessel,

présidentLe greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 230193

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