mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle le directeur territorial de Reims de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Strasbourg de l'OFII a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de cessation de son versement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à la date de la réception de la demande de rétablissement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, l'OFII ayant agi à tort en situation de compétence liée ;
Sur la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;
- elle n'a pas bénéficié préalablement d'un entretien personnel de vulnérabilité en présence d'un interprète ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, l'OFII ayant agi à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire enregistré le 18 juin 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 juillet 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cormier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante pakistanaise, née le 21 octobre 1994, a déclaré être entrée en France le 12 novembre 2021 afin de solliciter l'asile. Elle a bénéficié des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile à compter du 23 novembre 2021. Le 28 décembre 2021, l'OFII lui a fait une proposition d'hébergement au sein de l'HUDA TCM, situé à Troyes, que Mme B a acceptée. Mme B a quitté son logement le 8 juillet 2022. Par un courrier du 20 juillet 2022, avisé le 25 juillet 2022 et non réclamé, Mme B a été informée de l'intention de l'OFII de prononcer la cessation du bénéfice de ses conditions au motif " qu'elle s'est absentée de son lieu d'hébergement durant plus d'une semaine ". Mme B a fait l'objet d'un second examen de vulnérabilité le 17 novembre 2022. Par une décision du 24 janvier 2023, le directeur général de l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 2 novembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, sa demande d'admission provisoire audit bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'OFII :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision de l'OFII du 20 juillet 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil a été envoyée à Mme B par courrier recommandé avec accusé de réception, présenté à son adresse de domiciliation le 25 juillet 2022 et retourné à l'OFII avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La notification de cette décision est réputée être intervenue à la date de la vaine présentation du pli le 25 juillet 2022. En outre, la décision, qui précisait qu'elle pouvait faire l'objet d'un recours devant le tribunal administratif territorialement compétent dans un délai de deux mois à compter de sa notification, comportait l'indication des voies et délais de recours. Il s'ensuit que la requête enregistrée au greffe du tribunal le 28 mars 2023 à 14h26, au-delà du délai de deux mois suivant la notification le 25 juillet 2022 de la décision contestée, est tardive.
6. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont donc irrecevables en raison de leur tardiveté et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2023 :
7. En premier lieu, la décision attaquée a été prise au visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le fait que Mme B a abandonné son hébergement pendant plus de sept jours. Ainsi, la décision en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du même code " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet d'un examen de vulnérabilité le 23 novembre 2021 et d'un réexamen de sa vulnérabilité le 17 novembre 2022, mené en langue anglaise, langue qu'elle comprend. Par conséquent, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien personnel de vulnérabilité, dans une langue qu'elle comprend, doit être écarté comme manquant en fait.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier ainsi que des termes mêmes de la décision en litige que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B et n'a relevé aucun facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa demande ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article D. 551-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 2° de l'article L. 551-16, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. Dans ce cas, le gestionnaire du lieu en informe sans délai, en application de l'article L. 552-5, l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".
12. En l'espèce, pour refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme B, la directrice territoriale de Strasbourg de l'OFII s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge abandonnant son hébergement pendant plus de sept jours. Par suite, l'OFII pouvait sans erreur d'appréciation se fonder sur ce motif pour prendre la décision litigieuse.
13. Enfin, Mme B se prévaut de sa situation de vulnérabilité et de grande précarité en raison son état de santé. Toutefois, il n'est pas contesté que la requérante a bénéficié d'un entretien avec un médecin de l'OFII en date du 24 janvier 2023 qui a permis d'évaluer son état de vulnérabilité à 1 sur une échelle de 0 à 3. Par ailleurs, les certificats médicaux qu'elle produit attestant de pathologies psychiques et psychiatriques nécessitant un traitement et un soutien psychothérapeutique et psychiatrique ne sont pas de nature à établir une situation de vulnérabilité justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, l'OFII qui a procédé à un examen personnalisé de sa situation et notamment de sa situation de vulnérabilité a pu légalement estimer que la situation de l'intéressée ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, ni d'ailleurs à la date du présent jugement, le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. Il ne ressort d'aucune disposition que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application de l'article
L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, Mme B, qui ne justifie pas avoir été placé dans l'impossibilité de solliciter le bénéfice de ces autres dispositifs de soutien prévus en droit interne, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle la priverait de tout moyen lui permettant de subvenir à ses besoins essentiels.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2023 de M. B ne peuvent qu'être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête présentée par Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Elsaesser et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Cormier, conseiller,
Mme Fuchs Uhl, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. CORMIER
Le président,
T. GROS
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026