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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302244

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302244

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2023, M. D B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de le transférer aux autorités lituaniennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 3-2, 4 et 17 du règlement n°604/2013 du

26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant des articles L. 572-5 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sabatakakis, avocate de M. B, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

- les observations de Mme A, représentant la préfète du Bas-Rhin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, est entré en France en février 2023, selon ses déclarations, et a présenté une demande d'asile le 13 février 2023. La consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que l'intéressé a été identifié en Allemagne et en Lituanie pour le dépôt d'une demande d'asile. Le 15 février 2023, la préfète a saisi les autorités allemandes et lituaniennes d'une demande de reprise en charge. Par courrier du 20 février 2021, les autorités allemandes ont refusé de reprendre en charge l'intéressé et les autorités lituaniennes ont donné leur accord de reprise en charge le 20 février 2023. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités lituaniennes.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités lituaniennes :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 13 février 2023, le guide du demandeur d'asile et diverses informations sur les règlements européens dans leurs versions en langue française que le requérant comprend. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'absence de production des éléments relatifs à cet entretien, la préfète ne justifie pas du respect des dispositions de l'article 4 du règlement susvisé. Le moyen articulé en ce sens doit par suite être écarté.

4. En second lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et du citoyen : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Conformément au règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et à l'article L. 571-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les autorités françaises ont la faculté d'examiner une demande d'asile, même si cet examen relève normalement de la compétence d'un autre Etat. Il appartient, en particulier, à ces autorités, sous le contrôle du juge, de faire usage de cette faculté, lorsque les règles et les modalités en vertu desquelles un autre Etat examine les demandes d'asile méconnaissent les règles ou principes que le droit international et interne garantit aux demandeurs d'asile et aux réfugiés.

6. La Lituanie est un Etat partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption n'est toutefois pas irréfragable, lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, et que ceux-ci se trouveraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants. Il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier traité par les autorités lituaniennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

7. En l'espèce, le requérant soutient qu'il a été détenu en Lituanie pendant quatorze mois dans des camps de rétention, dans lesquels il a été privé de nourriture et a fait l'objet de maltraitances psychologiques et physiques et qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète lors de sa procédure d'asile. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier et le requérant ne justifie pas de l'existence, à la date de la décision contestée, de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Lituanie. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments suffisamment probants démontrant qu'en cas de retour en Lituanie, il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants et que sa demande d'asile risquerait de ne pas être réexaminée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète a méconnu l'article 3 du règlement précité ainsi que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen articulé en ce sens doit en conséquence être écarté. De même, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu l'article 17 du règlement susmentionné.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision litigieuse doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

M. C

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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