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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302287

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302287

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDOLLÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2302287 le 3 avril 2023, M. C B D, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est irrégulière faute d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2302288 le 3 avril 2023, Mme E A épouse B D, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est irrégulière faute d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dobry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B D, ressortissants gabonais respectivement nés le 4 novembre 1972 et le 10 mai 1982, déclarent être entrés en France pour la dernière fois en 2018. Ils ont sollicité auprès du préfet de la Moselle leur admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme B D demandent l'annulation des décisions implicites de rejet de leurs demandes de titres de séjour nées du silence du préfet de la Moselle.

2. Le préfet de la Moselle a expressément rejeté ces demandes de titres de séjour par décisions du 16 mai 2023 s'agissant des demandes fondées sur l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par arrêtés du 8 février 2024 s'agissant des demandes fondées sur l'article L. 435-1 du même code, lesquels ont également édicté à leur encontre des décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour qui n'ont, à ce jour, pas été contestées. Les décisions expresses de refus de titre de séjour du 16 mai 2023 et du 8 février 2024 se substituent à celles, implicites, contestées par les présentes requêtes, qui doivent dès lors être regardées comme dirigées contre les décisions expresses.

3. En premier lieu, d'une part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions du code des relations entre le public et l'administration applicables à la motivation des décisions implicites de rejet dès lors qu'en l'espèce, des décisions expresses s'y sont substituées. D'autre part, les décisions des 16 mai 2023 et 8 février 2024 comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / (). / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées ont été prises, conformément aux dispositions précitées, après un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour refuser la délivrance des titres de séjour sollicités, le préfet de la Moselle s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 novembre 2022 dans lequel celui-ci a estimé que, si l'état de santé de la fille des requérants nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, à destination duquel elle peut voyager sans risque. Les requérants n'apportent aucun élément susceptible de remettre en cause ces constats concernant l'état de santé de leur fille qui, étant née le 10 décembre 2004, était au demeurant devenue majeure à la date des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme B D indiquent résider en France depuis plusieurs années. Le fils aîné de M. B D, majeur, est titulaire d'une carte de séjour temporaire et la situation administrative de la fille cadette du couple, devenue majeure à la date des décisions contestées, n'est pas précisée. Eu égard à ces éléments, la seule circonstance que leurs enfants aient été scolarisés est insuffisante à justifier que les requérants auraient en France le centre de leurs intérêts privés et familiaux, alors même qu'ils ne produisent aucun élément relatif à leur propre intégration sur le territoire à l'exception de formulaires de bénévolat auprès du secours populaire dont on ne sait s'ils ont été suivis d'effet. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Moselle a porté, par les décisions contestées, une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.

9. En cinquième lieu, l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Les deux enfants des requérants étant d'ores et déjà majeurs à la date des décisions contestées, les stipulations précitées ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de ces dernières.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

12. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 6 et 8, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils justifieraient de considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du préfet de la Moselle des 16 mai 2023 et 8 février 2024 refusant aux requérants la délivrance de titres de séjour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B D, à Mme E A épouse B D, au préfet de la Moselle et à Me Dollé. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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