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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302376

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302376

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023 et un mémoire en réplique enregistré le 12 avril 2023, Mme A C, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et un formulaire de demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités suisses :

- la décision de transfert est entachée d'insuffisance de motivation ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 5 du même règlement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de la décision sur sa situation et sur son état psychique ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités suisses ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant des dispositions des articles L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva, magistrate désignée ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste sur le défaut de motivation en droit en l'absence de visa relatif à l'accord signé le 26 octobre 2004 entre la Commission européenne et la Suisse et rendant applicable la procédure Dublin dans ce pays non membre de l'Union européenne ; elle insiste par ailleurs sur l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète sur la situation particulière de Mme C et sur les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle au regard des persécutions subies au Cameroun en raison de son orientation sexuelle et des sévices subis en Suisse, pays dans lequel elle s'est trouvée isolée puis exploitée par une compatriote ; enfin, elle fait valoir que le soutien qu'elle reçoit en France de la part de l'association La Station lui est d'un grand secours ;

- et les observations de Mme C qui insiste sur les violences subies dans son pays d'origine, sur les maltraitances subies en Suisse et sur l'importance du soutien et de l'aide psychologique apportée en France par l'association La Station.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née en 1982 au Cameroun, de nationalité camerounaise, est entrée en France le 22 janvier 2023 selon ses déclarations et a présenté une demande tendant au bénéfice du statut de réfugié. La consultation du fichier VIS a permis d'établir que l'intéressée était en possession d'un visa délivré par les autorités suisses, périmé depuis moins de six mois au moment du dépôt de sa demande d'asile. Les autorités helvétiques ont été saisies le 31 janvier 2023 d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Elles ont explicitement accepté cette demande le 1er février 2023. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités suisses et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département du Bas-Rhin.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article

L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités suisses :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance qu'il ne mentionne pas la date du prélèvement des empreintes pour consultation des fichiers " VIS " et " Eurodac ", le respect des obligations d'informations par l'administration, les conditions de l'entretien du demandeur d'asile, la remise des documents portant sur les droits du demandeur d'asile et la procédure de détermination de l'Etat membre responsable est insuffisante pour entacher la décision d'un défaut de motivation. De même, la circonstance que ne soit pas mentionnée, dans les visas de droit, l'accord signé le 26 octobre 2004 entre la Communauté européenne et la Confédération suisse relatif aux critères et aux mécanismes permettant de déterminer l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile introduite dans un Etat membre ou en Suisse est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté comporte une motivation suffisante en droit et en fait et ses termes ne révèlent pas, contrairement à ce que soutient la requérante, un défaut d'examen quant au risque de renvoi par ricochet vers son pays d'origine. Dès lors, ce moyen doit également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été remis à la requérante, le 24 janvier 2023, les deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", toutes les deux rédigées en langue française qu'elle a déclaré comprendre. La remise de ces deux documents, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type (). ".

9. La requérante soutient que l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 s'est déroulé dans des conditions non conformes dans la mesure où elle n'aurait pas été en mesure de s'exprimer sur les éléments caractérisant sa particulière vulnérabilité et de formuler toute observation utile permettant de déterminer l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a signé le résumé de l'entretien individuel qui s'est déroulé le 24 janvier 2023 à la préfecture du Bas-Rhin. Il appartenait par ailleurs à la requérante, qui a certifié la véracité du résumé de cet entretien, de faire part à l'autorité administrative de toute information qu'elle estimait nécessaire à l'appréciation de sa situation. En outre, ni l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni aucune autre disposition n'exige que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent chargé de conduire l'entretien. Enfin, l'absence d'indication relative à l'identité de cet agent sur le compte-rendu d'entretien n'a privé la requérante d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. La Suisse est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit dès lors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités suisses répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

12. Mme C soutient qu'un transfert en Suisse l'expose à un risque de renvoi au Cameroun où elle est exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en raison de son orientation sexuelle. Il est toutefois constant que sa demande d'asile n'a pas encore été examinée par les autorités suisses, qui ont accepté leur responsabilité pour connaître de sa demande d'asile en application du critère de l'article 12, paragraphe 4, du règlement (UE) n° 604/2013 et, par suite, de la prendre en charge en vertu du même règlement. Les éléments apportés par Mme C ne sont pas susceptibles à eux-seuls de démontrer que les autorités suisses ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En particulier, alors que la décision attaquée n'a pas pour effet de procéder à son renvoi au Cameroun, elle ne démontre pas que les autorités suisses, qui ont accepté de la prendre en charge sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013, n'apprécieront pas tout élément qu'elle pourrait faire valoir avant de procéder à son éventuel éloignement vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne méconnaît ni l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. Si Mme C se prévaut de sa relation amoureuse avec une compatriote, résidant régulièrement en France et titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugiée, elle ne justifie ni de la réalité et de la stabilité des liens qui les unissent, ni de la similarité des craintes justifiant sa propre demande d'asile. Enfin, si elle indique maîtriser la langue française et non la langue allemande, parlée dans la région suisse dans laquelle elle a séjourné, et être désormais accompagnée et aidée par une association LGBTI à Strasbourg, ces circonstances ne suffisent pas à justifier à elles seules qu'il soit fait usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète du Bas-Rhin a méconnu l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté de transfert doit être écarté.

16. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La magistrate désignée,

S. BLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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