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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302450

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302450

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAAMOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. D B, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 2 février 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision prise par la commission d'agrément et de contrôle Nord le 6 octobre 2021 est entachée d'irrégularité faute pour l'administration de justifier que les agents ayant consulté les fichiers dans le cadre de l'enquête administrative disposaient de l'habilitation prévue par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur un fait antérieur à la délivrance de l'autorisation préalable de suivre une formation d'agent de sécurité privée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 19 février 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weisse-Marchal, rapporteure,

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public,

- les observations de Me Maamouri, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B s'est vu refuser la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée par une décision du 2 février 2023 du directeur du conseil national des activités privées de sécurité. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 632-13 du code de la sécurité intérieure : " Le directeur assure, conformément aux orientations définies par le conseil d'administration, la direction et la gestion du Conseil national des activités privées de sécurité. A ce titre : ()5° Il délivre les autorisations, agréments et cartes professionnelles prévus par le présent livre et procède à leur suspension et à leur retrait ; () Pour la mise en œuvre des missions mentionnées au présent article, le directeur peut, dans la limite de ses attributions, déléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. Les actes de délégation du directeur sont publiés sur le site internet du Conseil national des activités privées de sécurité () ".

3. Par une décision n°5/2022 du 1er juillet 2022, régulièrement publiée sur le site internet du conseil national des activités privées de sécurité, le directeur a donné délégation à M. A C, délégué territorial Est, à effet de signer en son nom les décisions d'octroi ou de refus des agréments, cartes professionnelles et autres autorisations prévues au livre VI du code de la sécurité intérieure, à l'exclusion des décisions de retrait de titre et de suspension. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C était incompétent pour signer la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, les activités qui consistent, en vertu du 1° de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure, " () A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / () " sont règlementées et soumises à un régime de contrôle et d'autorisation préalable de l'administration. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1: / () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 40-23 du code de procédure pénale : " Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale et direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé "traitement d'antécédents judiciaires", dont les finalités sont celles mentionnées à l'article 230-6 ". Aux termes de l'article R. 40-29 du même code : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. () ". Il résulte du 5° du I de l'article R. 40-29 précité que les agents habilités selon les modalités prévues à cet alinéa peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier à l'instruction des demandes de délivrance et de renouvellement des cartes professionnelles d'agent de sécurité privé.

6. Dès lors que les dispositions citées au point 4 de l'article L.612-20 du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance ou au renouvellement d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'habilitation de l'agent ayant consulté le traitement des antécédents judiciaires est inopérant.

7. En troisième lieu, M. B soutient que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions susmentionnées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors qu'aucune demande d'information n'a été adressée au procureur de la République sur les suites judiciaires des procédures le concernant mentionnées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de l'instruction de la demande du requérant, une " fiche-navette à destination de l'autorité administrative " a été retournée le 3 janvier 2023 par le parquet au service instructeur, dans laquelle il est indiqué qu'il n'y a pas eu de requalification des faits et qu'une audience devant le tribunal de police est fixée le 22 mars 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-1 de la loi du 12 juillet 1983 alors en vigueur : " I. - L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article 6. () ". La décision d'autorisation préalable de suivre une formation est une décision distincte de celle de la délivrance d'une carte professionnelle. Elle n'a donc pas pour effet de créer au profit du requérant une situation juridiquement constituée. Ainsi, à supposer que les faits reprochés à M. B aient bien été connus du CNAPS lors de l'instruction de sa demande d'autorisation préalable de suivre une formation, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de ce que le directeur du conseil national des activités privées de sécurité aurait antérieurement estimé que ces faits ne faisaient pas obstacle à ce qu'il suive un stage de formation en vue d'obtenir le diplôme d'agent de sécurité. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit est inopérant et doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il résulte des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure que l'enquête administrative à laquelle procède l'administration lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance ou de renouvellement de carte professionnelle pour l'exercice du métier d'agent privé de sécurité vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

10. Dans sa décision du 2 février 2023, le directeur du CNAPS considère que le requérant ne remplit pas les conditions posées par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure pour la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité au motif qu'il est mis en cause en qualité d'auteur pour des faits de violence commis le 28 avril 2021 ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas huit jours. Il estime que ces faits révèlent une absence de maitrise de soi de la part de l'intéressé et une incapacité à garder son calme ou à gérer les situations tendues et conflictuelles qu'il est susceptible de rencontrer en tant qu'agent de sécurité, et ce même s'il s'agit d'un différend familial. Il fait également valoir que ces faits, qui sont récents et doivent être jugés le 22 mars 2023, sont contraires à l'honneur et à la probité et révèlent des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes qui constitue une des principales missions des agents de sécurité.

11. M. B, qui ne conteste par la matérialité des faits, se prévaut de leur caractère isolé et du contexte familial singulier dans le cadre duquel ils ont eu lieu. Il dit s'être interposé entre sa mère et son oncle lors d'une altercation les opposant afin de protéger sa mère et avoir seulement mis la main sur le visage de celui-ci pour le maintenir à distance. Ainsi, il ne serait pas l'agresseur mais l'agressé, de sorte que son comportement, visant à assurer sa sécurité et celle de sa mère, ne révèlerait pas une absence de maitrise de soi, ni des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes. Par ailleurs, il affirme qu'en se fondant uniquement sur la mention du TAJ pour lui refuser la délivrance de la carte professionnelle qu'il avait demandé, le conseil national des activités privées de sécurité méconnaît la présomption d'innocence dès lors qu'il n'a été reconnu coupable d'aucune infraction. Toutefois le requérant n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses dires alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche navette à destination de l'autorité administrative retournée par le parquet au service enquêteur, que le CNAPS a demandé un complément d'information avant de refuser de faire droit à la demande de l'intéressé. En outre, il ressort du jugement du tribunal de police en date du 22 mars 2023 que M. B a été reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés et condamné à accomplir 70 heures de travail d'intérêt général non rémunéré au profit d'une collectivité publique, d'un établissement public ou d'une association. En tout état de cause, des considérations relatives à sa situation familiale ne sauraient expliquer ni justifier de tels faits de violence physique ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours. Dans ces circonstances, eu égard à la nature, au caractère récent et à la gravité des faits à l'origine de la mise en cause, puis de la condamnation, en qualité d'auteur de M. B, le directeur de CNAPS n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit également être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B dirigées contre la décision du 2 février 2023 ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. Weisse-Marchal

Le président,

A. Laubriat La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2304250

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