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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302451

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302451

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAARPI ADVEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, saisi par le Consistoire israélite du Bas-Rhin, a examiné la légalité de plusieurs titres exécutoires émis par le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) pour le recouvrement de contributions annuelles. Le requérant contestait l’applicabilité de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, soutenant que les établissements publics cultuels ne sont pas des établissements publics de l’État. Le tribunal a rejeté l’ensemble des requêtes, jugeant que le Consistoire, en tant qu’établissement public du culte, est soumis aux dispositions du code général de la fonction publique et du code du travail relatives à l’emploi des personnes handicapées. Il a également considéré que les titres exécutoires étaient suffisamment motivés et que les recours contre les titres les plus anciens étaient tardifs.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023 sous le n° 2302451, et un mémoire enregistré le 18 novembre 2024, le consistoire israélite du Bas-Rhin, représenté par Me Marcantoni, demande au tribunal :

1°) d’annuler les titres exécutoires émis par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique les 19 octobre 2017, 8 août 2018, 1er août 2019, 15 septembre 2020, 29 juillet 2021 et 15 juillet 2022 pour recouvrer la somme totale de 47 840 euros ;

2°) de le décharger de l’obligation de payer les sommes mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu’il n’a pas réceptionné les titres émis le 8 août 2018, le 1er août 2019, le 15 septembre 2020 et le 29 juillet 2021, et qu’il a formé, le 1er août 2022, un recours administratif préalable obligatoire contre ces quatre titres, ainsi que contre le titre émis le 15 juillet 2022;
- les titres exécutoires sont dépourvus de base légale, dès lors que ni les dispositions du code du travail, en particulier celles de l’article L. 5212-1, ni celles de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique, ne sont applicables aux établissements publics cultuels qui ne peuvent pas être considérés comme des établissements de l’Etat ;
- les titres exécutoires sont insuffisamment motivés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024 et un mémoire non communiqué, enregistré le 21 novembre 2024, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du consistoire israélite du Bas-Rhin la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requête, en tant qu’elle est dirigée contre le titre émis le 19 octobre 2017, est tardive, et par suite irrecevable ;
- le recours préalable obligatoire formé le 1er août 2022 par le consistoire israélite du Bas-Rhin étant tardif, les titres émis les 8 août 2018, 1er août 2019, 15 septembre 2020 et 29 juillet 2021 sont devenus définitifs ; la requête, en tant qu’elle est dirigée contre ces titres, est par suite tardive et irrecevable ;
- le statut particulier d’établissement public cultuel du consistoire n’empêche pas de le considérer comme un établissement public de l’Etat pour l’application des dispositions relatives à l’emploi des travailleurs handicapés ;
- les différences entre les montants annuels réclamés résultent de ce que certains ont été calculés de façon forfaitaire ;
- les titres sont suffisamment motivés, dès lors qu’une synthèse est automatiquement disponible sur l’application informatique dédiée et qu’elle comprend les valeurs directement renseignées par le déclarant.

II. Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 2403465, et un mémoire enregistré le 18 novembre 2024, le consistoire israélite du Bas-Rhin, représenté par Me Marcantoni, demande au tribunal :

1°) d’annuler, d’une part, le titre exécutoire émis par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique le 18 juillet 2023 pour recouvrer la somme de 13 284 euros, et d’autre part, la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de le décharger de l’obligation de payer la somme mise à sa charge ou d’en réduire le montant ;

3°) de mettre à la charge du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le titre exécutoire est dépourvu de base légale, dès lors que ni les dispositions du code du travail, en particulier celles de l’article L. 5212-1, ni celles de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique, qui doivent être entendues strictement, ne sont applicables aux établissements publics cultuels qui ne peuvent pas être considérés comme des établissements de l’Etat ;
- le titre exécutoire comporte une erreur de liquidation, dès lors que le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique a retenu à tort un effectif total rémunéré de cinquante-neuf et n’a ainsi pas tenu compte de la régularisation effectuée dans son recours préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024 et un mémoire non communiqué, enregistré le 21 novembre 2024, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du consistoire israélite du Bas-Rhin la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- le statut particulier d’établissement public cultuel du consistoire n’empêche pas de le considérer comme un établissement public de l’Etat pour l’application des dispositions relatives à l’emploi des travailleurs handicapés ;
- le titre émis le 18 juillet 2023 ne comporte pas d’erreur et a été établi de façon forfaitaire sur la base des éléments de la déclaration du consistoire renseignés l’année précédente.

III. Par une requête, enregistrée le 15 mai 2025 sous le n° 2503974, le consistoire israélite du Bas-Rhin, représenté par Me Marcantoni, demande au tribunal :

1°) d’annuler, d’une part, le titre exécutoire émis par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique le 15 juillet 2024 pour recouvrer la somme de 4 608 euros, d’autre part, la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de le décharger de l’obligation de payer la somme mise à sa charge ou d’en réduire le montant ;

3°) de mettre à la charge du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le titre exécutoire est dépourvu de base légale, dès lors que ni les dispositions du code du travail, en particulier celles de l’article L. 5212-1, ni celles de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique ne sont applicables aux établissements publics cultuels qui ne peuvent pas être considérés comme des établissements de l’Etat ;
- le titre exécutoire est insuffisamment motivé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2025, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la requête n’a pas été précédée du recours préalable obligatoire, et est, par suite, irrecevable ;
- le statut particulier d’établissement public cultuel du consistoire n’empêche pas de le considérer comme un établissement public de l’Etat pour l’application des dispositions relatives à l’emploi des travailleurs handicapés ;
- le titre émis le 15 juillet 2024 est suffisamment motivé, dès lors qu’il a été établi sur la base des éléments de la déclaration du consistoire renseignés le 20 juin 2024 et ne comprend que les valeurs directement renseignées par le déclarant.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- l’ordonnance royale du 25 mai 1844 portant règlement pour l'organisation du culte israélite ;
- le code du travail ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2006-501 du 3 mai 2006 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Muller ;
- les conclusions de M. Biget, rapporteur public ;
- les observations de Me Marcantoni, représentant le consistoire israélite du Bas-Rhin.


Considérant ce qui suit :

Le consistoire israélite du Bas-Rhin, établissement public du culte, conteste les titres exécutoires émis les 19 octobre 2017, 8 août 2018, 1er août 2019, 15 septembre 2020, 29 juillet 2021, 15 juillet 2022, 18 juillet 2023 et 15 juillet 2024 par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique pour des montants respectifs de 19 340 euros, 3 904 euros, 3 952 euros, 4 012 euros, 4 060 euros, 12 572 euros, 13 284 euros et 4 608 euros.

Sur la jonction :

Les requêtes susvisées n° 2302451, 2403465 et 2503974 présentées par le consistoire israélite du Bas-Rhin, posent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

En ce qui concerne le titre émis le 19 octobre 2017 :

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ». Aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».

Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l’effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d’une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l’obligation d’informer l’intéressé sur les voies et délais de recours, ou l’absence de preuve qu’une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d’un délai raisonnable.

S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

Le titre émis le 19 octobre 2017, qui a été notifié au consistoire israélite du Bas-Rhin le 26 octobre 2017, comportait uniquement la mention du délai du recours pouvant être exercé auprès du comptable chargé du recouvrement. Le 14 novembre 2017, le consistoire israélite du Bas-Rhin a formé un recours, lequel a été rejeté par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique par une lettre du 4 janvier 2018. Par une lettre du 19 février 2018, le consistoire israélite du Bas-Rhin a contesté cette décision du 4 janvier 2018. Dans ce courrier, le consistoire admet que son précédent courrier du 14 novembre 2017 valait opposition à titre exécutoire. Le 15 novembre 2018, quand bien même il a indiqué avoir saisi le ministre pour expertise, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique a maintenu son refus.

Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, alors même que ni le titre exécutoire, ni les décisions portant rejet des recours présentés par le consistoire, ne comportaient la mention complète des voies et délais de recours et dès lors que le requérant ne se prévaut d’aucune circonstance particulière, les conclusions tendant à l’annulation du titre émis le 19 octobre 2017 et à la décharge des sommes litigieuses enregistrées le 6 avril 2023 sont tardives et par suite irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique tirée de la tardiveté de ces conclusions doit être accueillie. Ces conclusions ne peuvent ainsi qu’être rejetées.

En ce qui concerne les titres émis les 8 août 2018, 1er août 2019, 15 septembre 2020 et 29 juillet 2021 :

Aux termes de l’article 22 du décret du 3 mai 2006 relatif au fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique dans sa version applicable au litige : « L'établissement est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. / Toutefois, la contribution mentionnée à l'article L. 323-8-6-1 du code du travail est recouvrée dans les conditions fixées par les articles 112 à 124 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ».

Aux termes de l’article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2019 : « En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. »

Le consistoire israélite du Bas-Rhin soutient ne pas avoir reçu les titres émis entre 2018 et 2021 et n’en avoir eu connaissance que lors de la réception de la lettre du 23 février 2022 du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique l’informant de l’engagement d’une procédure de mandatement d’office. Il indique avoir alors contesté ces titres ainsi que le titre émis le 15 juillet 2022, par un courrier du 1er août 2022 valant opposition à poursuites. Toutefois, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique produit en défense les accusés de réception en date du 14 août 2018, pour le titre émis le 8 août 2018, en date du 5 août 2019 pour le titre émis le 1er août 2019, en date du 21 septembre 2020 pour le titre émis le 15 septembre 2020 et en date du 3 août 2021 pour le titre émis le 29 juillet 2021, attestant de la notification de ces titres. Chacun de ces titres comporte, en outre, la mention des voies et délais de recours et précise notamment que le requérant dispose d’un délai de deux mois pour les contester préalablement devant le comptable. Ainsi, le recours préalable formé par le requérant le 1er août 2022, en tant qu’il concerne les titres émis de 2018 à 2021, était tardif. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin annulation des titres émis les 8 août 2018, 1er août 2019, 15 septembre 2020 et 29 juillet 2021 et à fin de décharge des sommes litigieuses doit être accueillie. Ces conclusions ne peuvent dès lors qu’être rejetées.

En ce qui concerne le titre émis le 15 juillet 2024 :

Aux termes de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ».

Le 13 septembre 2024, le consistoire israélite du Bas-Rhin a formé un recours contre le titre exécutoire émis le 15 juillet 2024. Si le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique soutient que ce courrier ne peut être regardé comme un recours préalable obligatoire au sens des dispositions précitées l’article 118 du décret du 7 novembre 2012, dès lors qu’il ne contesterait pas formellement l’existence de la créance, son montant ou son exigibilité, le consistoire israélite du Bas-Rhin a expressément indiqué dans ledit courrier que celui-ci valait « contestation de l’existence de la créance, son montant et son exigibilité » et a effectivement contesté le titre litigieux. Ainsi, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique n’est pas fondé à soutenir que les conclusions tendant à l’annulation du titre émis le 15 juillet 2024 et à la décharge des sommes en cause sont irrecevables faute d’avoir été précédées du recours préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à l’annulation des titres émis le 15 juillet 2022, le 18 juillet 2023 et le 15 juillet 2024 et à la décharge des sommes litigieuses :

Aux termes de l’article L. 5214-1 du le code du travail : « Le fonds de développement pour l'insertion professionnelle des handicapés a pour objet d'accroître les moyens consacrés à l'insertion des handicapés en milieu ordinaire de travail (…) ». Aux termes de l’article L. 5212-1 du même code : « La mobilisation en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés concerne tous les employeurs. / A ce titre, ces derniers déclarent l'effectif total des bénéficiaires de l'obligation d'emploi mentionnés à l'article L. 5212-13 qu'ils emploient, selon des modalités fixées par décret. / Les articles L. 5212-2 à L. 5212-17 s'appliquent à tout employeur occupant au moins vingt salariés, y compris les établissements publics industriels et commerciaux (…) ». Aux termes de l’article L. 5212-2 du même code : « Tout employeur emploie des bénéficiaires de l'obligation d'emploi mentionnés à l'article L. 5212-13 dans la proportion minimale de 6 % de l'effectif total de ses salariés ». Aux termes de l’article L. 5212-5 du même code : « L'employeur déclare sa situation au regard de l'obligation d'emploi à laquelle il est soumis en application de l'article L. 5212-2 du présent code au moyen de la déclaration prévue à l'article L. 133-5-3 du code de la sécurité sociale (…) ». Aux termes de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique : « L'Etat est assujetti à l'obligation d'emploi prévue à l'article L. 5212-2 du code du travail, dans les conditions fixées par les articles L. 5212-7 et L. 5212-10 du même code. / Cette obligation est également applicable, lorsqu'ils comptent au moins vingt agents à temps plein ou leur équivalent : 1° Aux établissements publics de l'Etat autres qu'industriels et commerciaux ; / 2° Aux juridictions administratives et financières ; / 3° Aux autorités publiques et administratives indépendantes ; / 4° Aux groupements d'intérêt public ; / 5° Aux groupements de coopération sanitaire lorsque ces derniers sont qualifiés de personne morale de droit public au sens de l'article L. 6133-3 du code de la santé publique ; / 6° Aux collectivités territoriales et à leurs établissements publics autres qu'industriels et commerciaux ; / 7° Aux établissements publics mentionnés à l'article L. 5 du présent code. / Les centres de gestion de la fonction publique territoriale ne sont assujettis à cette obligation d'emploi que pour leurs agents permanents. Leurs agents non permanents sont décomptés dans les effectifs de la collectivité ou de l'établissement qui les accueille dans les conditions prévues aux articles L. 351-4 et L. 351-5 sauf lorsqu'ils remplacent des agents permanents momentanément indisponibles ». Aux termes de l’article L. 351-12 de ce code : « L'employeur public peut s'acquitter de son obligation d'emploi en versant au fonds une contribution annuelle pour chacun des bénéficiaires qu'il aurait dû employer ».

En premier lieu, aux termes de l’article 3 de l’ordonnance royale du 25 mai 1844 : « Il est établi un consistoire dans chaque département renfermant deux mille âmes de population israélite (…) ». Aux termes de l’article 19 de cette même ordonnance : « Le consistoire a l’administration et la police des temples de sa circonscription et des établissements et associations pieuses qui s’y rattachent (...) ».

Le consistoire israélite du Bas-Rhin, qui est chargé de l’administration et de la police des temples de sa circonscription, a le statut d’établissement public du culte en vertu du droit local maintenu en vigueur dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.

Il résulte de l’énumération des personnes publiques assujetties à l’obligation d’emploi prévue à l’article L. 5212-2 du code du travail, telle qu’énoncée à l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique, que le législateur a entendu soumettre à cette obligation l’ensemble des établissements publics autres qu’industriels et commerciaux comptant au moins vingt agents à temps plein ou leur équivalent, les établissements publics industriels et commerciaux étant, quant à eux, soumis directement à cette obligation par le code du travail. L’article L. 5212-1 du code du travail prévoit ainsi notamment que « La mobilisation en faveur de l’emploi des travailleurs handicapés concerne tous les employeurs (…) occupant au moins vingt salariés, y compris les établissements publics industriels et commerciaux », sans prévoir d’exception. Par suite, le consistoire israélite du Bas-Rhin n’est pas fondé à soutenir que les dispositions de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique doivent être interprétées strictement. En outre, le consistoire israélite du Bas-Rhin ne démontre pas en quoi l’application des dispositions précitées, qui ont pour objet de faciliter l’intégration et l’emploi des travailleurs handicapés, ne serait pas conciliable avec les textes et principes qui organisent son activité ou que celle-ci nécessiterait des modalités spécifiques d’application. Dès lors, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique a pu légalement considérer que le consistoire israélite du Bas-Rhin, établissement public du culte, doit être regardé, pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique, comme un établissement public de l’Etat à caractère administratif.

En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « (…) Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. (…) ».

En application de ces dispositions, une collectivité publique ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle s’est fondée pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur. Il résulte également de ces dispositions qu’un état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette, alors même qu'il serait émis par une personne publique autre que celles pour lesquelles cette obligation est expressément prévue par l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

Les titres exécutoires émis le 15 juillet 2022 et le 15 juillet 2024 indiquent le montant dû et mentionnent respectivement qu’ils correspondent à la contribution 2022 et à la contribution 2024 au fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, sans autre précision hormis la mention de l’article L. 351-1 du code général de la fonction publique. Toutefois, il résulte de l’instruction que ces titres ne sont que l’émanation de la déclaration opérée sur une application informatique dédiée, par le consistoire lui-même, lequel a eu accès automatiquement et immédiatement après cette déclaration à une synthèse indiquant le montant de la contribution due. Cette synthèse fait apparaitre les modalités de calcul de la contribution ainsi que l’effectif total, le nombre de bénéficiaires de l’obligation d’emploi et le nombre d’unités manquantes après déduction des dépenses déductibles. Ces derniers éléments, qui constituent les bases de liquidation de la contribution due, ont été renseignés par le consistoire israélite du Bas-Rhin lui-même, sans aucune correction du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique. Le consistoire israélite du Bas-Rhin n’est ainsi pas fondé à soutenir qu’il n’aurait pas été régulièrement informé des bases et des éléments de calcul des contributions dont le recouvrement est poursuivi.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 351-15 du code général de la fonction publique : « Les employeurs publics redevables de l'obligation d'emploi prévue à l'article L. 351-1 déposent auprès du comptable public compétent une déclaration annuelle accompagnée du paiement de leur contribution. / Le contrôle de la déclaration annuelle est effectué par le fonds. / A défaut de déclaration et de régularisation, l'employeur public est considéré comme ne satisfaisant pas à son obligation d'emploi. Le montant de sa contribution est alors calculé en retenant la proportion de 6 % de l'effectif total rémunéré. Dans cette situation ou dans les cas de défaut de paiement ou de paiement insuffisant, le gestionnaire du fonds émet un titre exécutoire qui est recouvré par le comptable public compétent selon les règles applicables au recouvrement des créances étrangères à l'impôt et au domaine ».

Il résulte de l’instruction que par un courrier du 5 janvier 2023, le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique a rappelé au consistoire israélite du Bas-Rhin qu’il devait procéder à sa déclaration au titre de l’année 2023 avant le 30 avril 2023 et, qu’à défaut, il se verrait notifier une contribution forfaitaire. Il n’est pas contesté que le consistoire israélite du Bas-Rhin n’a pas procédé à sa déclaration dans le délai imparti qui expirait le 30 avril 2023. Le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique était donc fondé, en vertu des dispositions précitées, à émettre un titre exécutoire sanctionnant le non-respect de cette formalité. En l’absence de toute déclaration du requérant et de tout élément apporté par ce dernier, il ne pouvait se fonder pour calculer le montant de la contribution due que sur le dernier effectif connu, résultant de la précédente déclaration de l’intéressé. Par ailleurs, si le consistoire israélite du Bas-Rhin fait valoir qu’il a indiqué l’effectif temps plein (ETP) réel pour l’année en cause qui devait être retenu pour le calcul de sa contribution, dans le recours préalable qu’il avait adressé le 18 septembre 2023, un tel recours intervenu après l’émission du titre contesté, ne peut pas être regardé, contrairement à ce que soutient le requérant, comme constituant une régularisation au sens des dispositions précitées de l’article L. 351-15 du code général de la fonction publique.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes demandées par le consistoire israélite du Bas-Rhin au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du consistoire israélite du Bas-Rhin les sommes demandée par le fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique au même titre.


D E C I D E :


Article 1er : Les requêtes du consistoire israélite du Bas-Rhin sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié au consistoire israélite du Bas-Rhin et au fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique.


Délibéré après l’audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.



Le rapporteur,

O. Muller

La présidente,



G. Haudier



La greffière,

C. Haas


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière

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