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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302543

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302543

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAMLIH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, M. B E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen effectué en vertu de la décision portant interdiction de retour en France ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne présente aucun risque de fuite ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision ne se prononce pas sur l'ensemble des critères prévus par la loi ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Victor Pouget-Vitale, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lamlih, représentant M. E, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soulève un moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, de nationalité mongole, est entré en France pour la dernière fois le 11 avril 2023, en exécution d'une décision de transfert prise par les autorités allemandes, qui ont estimé la France responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le préfet du Haut-Rhin, constatant que la demande d'asile de M. E avait été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 septembre 2022, a prononcé à son encontre un arrêté le 12 avril 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, et interdiction de retour en France pour une durée d'un an. Par un autre arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin a assigné à résidence M. E.

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G C, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées, et notamment la décision portant interdiction de retour, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés en litige sont intervenus à l'issue de la mesure de retenue administrative pour vérification du droit au séjour dont a fait l'objet M. E, et qu'au cours de cette mesure, il a été auditionné par les services de la police aux frontières de Saint-Louis le 11 avril 2023. Lors de cette audition, le requérant a été invité à présenter ses observations sur l'ensemble des décisions qu'il conteste aujourd'hui. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés ont été pris en violation de son droit à être entendu.

5. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, et ne peuvent qu'être écartés.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans à l'étranger, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles. S'il se prévaut de la présence en France de sa femme, celle-ci vit également en situation irrégulière. Ainsi, aucun élément lié à la situation sociale ou professionnelle du requérant ne fait obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale hors de France, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, le préfet du Haut-Rhin aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale. Pour les mêmes motifs, le préfet du Haut-Rhin a pu estimer qu'une interdiction de retour en France pendant une durée d'un an n'emportait pas une telle atteinte, et qu'une assignation à résidence ne comportait pas davantage de tels effets. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

8. En sixième lieu, s'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire, celle-ci a été prise en vertu du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet à l'autorité préfectorale de refuser le délai de départ si l'étranger ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Cet élément factuel n'étant pas contesté, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin aurait fait une inexacte application de la loi à sa situation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si le requérant soutient craindre des représailles en cas de retour en Mongolie, le récit qu'il développe n'est appuyé par aucun élément précis ou probant, étant précisé que les instances compétentes en matière d'asile en France ont rejeté sa demande de protection internationale. Ainsi, au regard du dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

V. FLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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