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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302611

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302611

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL LEONEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 14 avril et 20 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Bozzi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mars 2023, par laquelle de la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach a rejeté sa demande d'abrogation partielle du plan local d'urbanisme intercommunal ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach d'inscrire la demande d'abrogation partielle du PLUi à l'ordre du jour du prochain conseil communautaire ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section 61 n° 316, 317, 242, et 243, situées sur la commune de Burnhaupt-le-Bas, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'application aux parcelles litigieuses de la protection prévue par l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 décembre 2023 et 4 janvier 2024, la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach, représentée par Me Cereja, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocate de M. B ;

- les observations de Me Bohner substituant Me Cereja, avocat de la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 février 2020, la communauté de communes de la Vallée de la Doller et du Soultzbach (ci-après CCVDS) a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Par une délibération du 15 juin 2022, le conseil communautaire de la CCVDS a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Par un courrier du 16 décembre 2022, M. B a sollicité l'abrogation partielle de ce plan, en ce qu'il classe des parcelles cadastrées section 61 n° 316, 317, 242 et 243, situées sur la commune de Burnhaupt-le-Bas, en zone agricole et classe une partie des parcelles n° 242 et n°243 en espace paysager à protéger, en application des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Par une décision du 13 mars 2023 notifiée le 17 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, la CCVDS a rejeté cette demande.

Sur la légalité de la décision du 13 mars 2023 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / () ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation peut être censurée par le juge si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

3. M. B conteste le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section 61 n° 316, 317, 242 et 243, au motif qu'elles sont dépourvues de potentiel agricole, qu'elles se situent sur une partie du territoire desservie par les réseaux publics existants, comprenant déjà un certain nombre d'habitations et que la commune avait antérieurement reconnu leur caractère constructible.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si les parcelles litigieuses sont bordées au sud par un secteur urbanisé de faible densité, elles jouxtent à l'ouest, au nord et à l'est, des terres agricoles exploitées. Elles sont ainsi comprises au sein d'un espace agricole, s'étendant à l'ouest du village. La circonstance que, dans un arrêté du 19 septembre 2019 le maire de la commune de Burnhaupt-le-Bas mentionnait expressément que les parcelles étaient destinées à de l'habitat est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, alors en tout état de cause que le requérant ne dispose d'aucun droit au maintien de la réglementation antérieure. De même, la circonstance que les parcelles ne soient pas exploitées et soient desservies par la voirie et les réseaux ne font pas par elles-mêmes, obstacle à un classement en zone agricole. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que les parcelles en litige ne satisfont aux critères de classement en zone agricole.

5. Par ailleurs, le requérant soutient que classement en zone agricole est incohérent eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal.

6. Il ressort des pièces du dossier que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu densifier les espaces bâtis et lutter contre l'étalement urbain, en priorisant l'urbanisation des secteurs situés au sein des agglomérations, situés au plus près des équipements, des commerces, des services publics, et des infrastructures. Si la commune de Burnhaupt-le-Bas a été identifiée par le rapport de présentation du PLUi comme ayant des objectifs de logements importants à produire, lesquels nécessitent de mobiliser des surfaces d'extension au-delà de l'enveloppe urbaine de référence, il ressort des pièces du dossier que, en cohérence avec l'orientation n° 2 de polarisation des développements urbains du projet d'aménagement et de développement durables, 6,4 hectares ont été ouverts à l'urbanisation dans des zones localisées soit à l'intérieur des parties urbanisées de la commune, soit dans leur prolongement immédiat. Ces surfaces suffisent à répondre à la demande de logements de la commune. En outre, le classement contesté s'inscrit, quant à lui, en cohérence avec l'orientation n° 8 de " développement de l'agriculture et de l'exploitation forestière ", qui vise notamment à préserver les espaces agricoles ayant une valeur agronomique ou un intérêt paysager et environnemental. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que le potentiel agronomique des parcelles litigieuses est avéré au regard de la nature du sol, qui présente une bonne fertilité agricole. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le classement en zone agricole de la parcelle litigieuse ne procède pas d'une appréciation manifestement erronée et n'apparaît pas incohérent avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le classement de la parcelle en litige doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-29 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer en espaces de continuités écologiques des éléments des trames verte et bleue, définies aux II et III de l'article L. 371-1 du code de l'environnement, qui sont nécessaires à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques. ". Aux termes de l'article L. 113-30 du même code : " La protection des espaces de continuités écologiques est assurée par les dispositions prévues au présent chapitre ou à la section 4 du chapitre Ier du titre V du présent livre, notamment aux articles L. 151-22, L. 151-23 ou L. 151-41, ou par des orientations d'aménagement et de programmation en application de l'article L. 151-7, en tenant compte des activités humaines, notamment agricoles. ". Et aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ".

9. Ces dispositions permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

10. En l'espèce, M. B soutient que le classement d'un périmètre en espace paysager à protéger, délimité au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, sur une partie des parcelles cadastrées section 61 n° 233, 234, 242 et 243, n'est pas justifié.

11. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la commune de Burnhaupt-Le-Bas est située dans le secteur appelé " avant-vallée ", dans lequel le rapport de présentation du PLUi a identifié, d'une part, plusieurs enjeux environnementaux et paysagers, avec notamment des espaces agricoles ouverts signalés comme des milieux souffrant d'un appauvrissement de la biodiversité, et d'autre part une problématique paysagère liée à l'absence de transition paysagère entre les lisières construites des villages et les espaces agricoles. Or, le périmètre délimité au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme sur les parcelles en litige inclut un nombre relativement important d'arbres et d'arbustes et se situe au sein d'un espace agricole ouvert à proximité immédiate de plusieurs " corridors à continuité insatisfaisante " de la trame verte et bleue de la CCVDS. Le classement d'une partie de ces parcelles en espace paysager à protéger s'inscrit à ce titre en cohérence avec l'orientation n° 9 du projet d'aménagement et de développement durables, qui mentionne expressément l'importance de " restaurer les continuités écologiques déficientes repérées sur les communes de Burnhaupt-le-Haut et Burnhaupt-le-Bas " et de protéger les boisements épars existants, de même qu'avec l'orientation n° 10 de " préservation et mise en valeur des qualités paysagères de la vallée " qui justifie la protection des espaces de nature situés en lisière des villages. Dès lors, la protection de cette parcelle au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme contribue à préserver les continuités écologiques du territoire ainsi que la qualité paysagère des lisières construites des villages et les transitions paysagères avec les espaces agricoles attenants. M. B, qui n'établit pas que cette protection serait disproportionnée eu égard à l'objectif recherché, n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait incohérente avec le classement en zone agricole de sa parcelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

14. L'exécution de ce jugement n'implique pas le prononcé de mesure d'injonction. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes de la Doller et du Soultzbach.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Malgras, première conseillère.

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

La présidente,

A. Dulmet

La greffière,

J. Brosé

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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