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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302648

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302648

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MLM (2)
Avocat requérantFENZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2023, M. A B, représenté par Me Fenze, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son inscription dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en l'absence du procès-verbal d'interpellation, le droit d'être entendu n'a ainsi pas été respecté ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision est entachée d'une erreur de fait, il habite et travaille en France depuis 2020, le préfet a commis un abus de pouvoir dès lors que sa demande préalable d'admission exceptionnelle au séjour n'a pas fait l'objet du moindre examen ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut d'examen préalable et particulier de sa situation, il n'a plus d'attaches dans son pays et il est en France depuis 2020, il est potentiellement français et un contentieux est en cours sur sa nationalité, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne comporte pas l'examen des quatre critères.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Messe en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Messe,

- les observations de M. B qui fait valoir la procédure en cours contre les refus de certificats de nationalité française et de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français l'empêcherait d'effectuer les démarches nécessaires à la reconnaissance de cette nationalité.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France à une date indéterminée et a fait l'objet d'une interpellation par les services de police le 13 avril 2023. Par l'arrêté attaqué en date du 14 avril 2023, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son inscription dans le système d'information Schengen.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ; (). ".

3. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date inconnue et s'y est maintenu sans justifier d'une autorisation de séjour. S'il produit son passeport en cours de validité, celui-ci est insuffisant pour l'accès au territoire français sans visa. La circonstance qu'il ait demandé un certificat de nationalité française ne le dispense pas d'entrer régulièrement sur le territoire français. Le préfet de la Moselle pouvait ainsi, sans entacher sa décision d'erreur de droit, lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et après son interpellation et son audition le 13 avril 2023, de sorte que l'administration n'avait pas à le mettre à même de présenter spécifiquement des observations sur cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents susceptibles d'avoir une influence sur le contenu de la décision en litige. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du vice procédure doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle a procédé à l'examen particulier de la situation de M. B, compte tenu des déclarations qu'il a formulé lui-même devant les services de police. Par ailleurs, l'intéressé a formulé des déclarations contradictoires avec les pièces qu'il a produit par l'intermédiaire de son avocat tant à la PAF de Thionville que devant le tribunal de céans. Enfin s'il allègue avoir tenté de prendre rendez-vous en vue de déposer une demande de titre de séjour, il ne l'établit pas par ses seules déclarations imprécises et il n'établit avoir fait valoir sa demande de reconnaissance de nationalité française par filiation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation au regard de ces dispositions doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Si M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2020, il ne l'établit pas par les seules pièces qu'il produit alors qu'il a déclaré lors de son audition qu'il était entré en 2023, qu'il est célibataire et non dépourvu de famille en Algérie où résident ses frères et sœur et son père. Par suite, la décision attaquée n'a pas méconnu les dispositions précitées. Le préfet de la Moselle n'a commis ni erreur manifeste d'appréciation ni erreur de droit ou de fait.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article

L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B pendant une durée d'un an, le préfet de la Moselle a retenu l'existence d'un risque de fuite car il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'a pas à cumuler les conditions pour prendre cette interdiction de retour sur le territoire français. En outre, si M. B fait valoir que cette décision entraverait ses démarches quant à la nationalité, il pourra demander un visa pour effectuer ses démarches et de surcroit cette interdiction de retour sur le territoire français ne s'applique qu'en l'absence de départ volontaire de sa part du territoire français. Par suite, le préfet de la Moselle n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation et les moyens doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Moselle en date du 14 avril 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me FENZE et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La magistrate désignée,

M.-L. MESSELe greffier,

N. EL ABBOUDI

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

Le greffier,

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