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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302663

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302663

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (3)
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, M. B E représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;

3°) subsidiairement, de suspendre la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- l'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision fixant le pays de renvoi ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la demande de suspension :

- il y a lieu de lui accorder la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la notification de la décision de la CNDA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, Mme G E représentée par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°)de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°)d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination ;

3°)subsidiairement, de suspendre la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

4°)d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour ;

5°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

-l'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision fixant le pays de renvoi ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la demande de suspension :

- il y a lieu de lui accorder la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la notification de la décision de la CNDA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné M. Julien Iggert en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juin 2022 :

- le rapport de M. Julien Iggert, magistrat désigné.

- les observations de Me Sabatakakis représentant M. et Mme E, qui reprend les éléments contenus dans sa requête et soutient en outre que les moyens tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français doivent également être regardés comme présentés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ;

- et les observations de M. et Mme E, assistés de Mme C, interprète en langue albanaise ;

- la préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoqué, n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E sont des ressortissants albanais. Ils déclarent être entrés en France le 15 mars 2022. Ils ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées le 12 octobre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par des arrêtés du 28 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler leurs attestations de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés. Les requérants demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées, n° 2302663 et 2302664 sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. E et Mme E à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 7 suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A H, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles en litige, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. H n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que M. F, signataire de ces décisions, ne disposait pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées que la préfète du Bas-Rhin se soit crue en situation de compétence liée pour édicter les décisions attaquées. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des termes même des décisions que la préfète du Bas-Rhin a procédé à l'examen particulier de leur situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle des intéressés ne peuvent être qu'écartés.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Les requérants soutiennent qu'ils sont exposés à des risques de persécution et de violences du fait du soutien de M. E au parti démocratique albanais et fait état de blessures par armes à feu en avril 2021, d'une agression en septembre 2021 et de menaces régulières. Toutefois, la réalité de ces risques, qui n'a été retenue ni par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ni, au surplus, par la CNDA, qui a rejeté leur recours par une ordonnance du 21 avril 2023, n'est pas suffisamment établie par les requérants qui n'apportent aucun élément au soutien de leurs allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 de la présente décision, alors que les décisions n'ont pas pour effet de séparer les requérant de leurs enfants et que la réalité des risques dont ils font état ne sont pas établis, rien ne s'oppose à ce qu'ils soient scolarisés dans leur pays d'origine, les décisions ne méconnaissent pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la demande de suspension d'exécution de la décision obligeant M. et Mme E à quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

13. M et Mme E ne se prévalent d'aucun autre élément pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement que ceux qu'ils ont présenté au soutien des conclusions à fin d'annulation. Pour les motifs exposés aux points précédents, M. et Mme E n'apportent aucun élément sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Au surplus, et quand bien même la décision de la CNDA ne leur a pas été notifiée, celle-ci a rejeté leur recours par une ordonnance du 21 avril 2023. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M et Mme E tendant à l'annulation des décisions litigieuses du 28 mars 2023 et à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du même jour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonctions tendant à l'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 : M. E et Mme E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. E et Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et Mme Mme G E, à Me Sabatakakis et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le magistrat désigné,

J. Iggert

Le greffier,

S. Pillet

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,, 2302664

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