mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique (3) |
| Avocat requérant | ELSAESSER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023 et un mémoire complémentaire du 6 juin 2023, M. B A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui renouveler sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant l'instruction, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnait le principe d'être entendu ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;
- La décision est insuffisamment motivée
- La décision a été prise en méconnaissance du droit d'être effectivement entendu
- La décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation
- La décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il appartient à la communauté Rohingya de Birmanie.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- L'illégalité de la précédente décision prive de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français
- la décision est insuffisamment motivée
- La décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation
- La décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023 et un mémoire complémentaire du 6 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- [0]la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Iggert en application de L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Iggert, magistrat désigné ;
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant birman né le 1er juillet 1971, est entré en France le 10 octobre 2012. Le 22 mars 2013, il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 octobre 2014 puis par la cour nationale du droit d'asile le 03 mars 2017. L'intéressé a présenté une demande de réexamen le 24 avril 2019, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'OFPRA le 30 avril 2019. M. A a déposé le 27 janvier 2023 une seconde demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été clôturée le 27 janvier 2023. Par un arrêté du 5 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant un an. M. A en demande l'annulation.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision ne mentionne pas la troisième procédure de réexamen engagée par le requérant n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation. Au demeurant, il ressort des pièces versées au dossier par M. A qu'il a déposé une demande de réexamen le 6 avril 2023, soit postérieurement à la décision attaquée Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En l'espèce, M. A soutient ne pas avoir pu faire valoir ses observations à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, d'une part, le requérant a sollicité l'asile et a été en mesure de faire valoir, dans ce cadre, les éléments concernant sa situation. D'autre part, la mesure d'éloignement fait suite au rejet de sa demande d'asile. Or, lorsqu'il sollicite l'admission au statut de réfugié, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement et l'administration n'était pas tenue de le mettre à même de présenter des observations spécifiques sur ces mesures. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le droit d'être entendu doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes même de la décision attaquée que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si la décision attaquée ne mentionne pas la demande de réexamen de sa demande d'asile et la circonstance qu'il a été convoqué au GUDA le 5 avril 2023 et qu'il s'est vu, à cette occasion, notifié l'arrêté en litige ne révèle pas une erreur de fait et le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas son moyen de précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, si M. A fait valoir qu'il est exposé à des risques de persécution en cas de retour en Birmanie, il n'apporte aucun commencement de preuve de nature à établir ou faire présumer qu'il serait personnellement exposé à des violences et des persécutions. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écartée.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté
10. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En troisième lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente décision, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu.
12. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes même de la décision attaquée que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "
14. M. A soutient qu'en cas de retour en Birmanie, il sera exposé des risques de persécutions et de mauvais traitements et se prévaut en ce sens de ce qu'il appartiendrait à la communauté Rohingya, particulièrement exposée en Birmanie. Toutefois, pour établir son appartenance à cette communauté, il se borne à produire une carte " identification " rédigée en langue anglaise qui n'apporte aucune précision en ce sens et trois attestations rédigées en langue anglaise du mois d'avril 2023 qui ne sont pas circonstanciées et ne sauraient, à elles seules justifier son appartenance à la communauté Rohingya. Au surplus, tant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile ainsi que ses trois demandes de réexamen. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision méconnaitrait les dispositions précitées et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
16. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
17. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes même de la décision attaquée que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
18. Par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente décision, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2023 en litige. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le magistrat désigné,
J. IggertLe greffier,
S. Pillet
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
S. Pillet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026