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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302923

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302923

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLHOTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2023, M. D C, représenté par Me Lhote, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence d'un an ou tout autre titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur de droit dès lors que les stipulations de l'article 6 2° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 sur lesquelles le préfet s'est fondé ne sont applicables qu'au ressortissant algérien marié à un ressortissant français et qu'il n'est pas marié ;

- elle méconnaît l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être substitué au 2° du même article ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dobry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 1er septembre 1987, déclare être entré en France le 1er janvier 2018. Il a sollicité le 27 décembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en tant que partenaire de pacte civil de solidarité (Pacs) d'une ressortissante française. Par arrêté du 3 mars 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions contestée :

2. Par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin le 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme A, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, directeur de la réglementation, pour signer certains actes, au nombre desquels figurent les décisions de refus de titre de séjour et les décisions d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

5. M. C soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui s'applique aux personnes mariées à un ressortissant français alors qu'il est uni à une ressortissante française par un Pacs. Le préfet du Haut-Rhin demande que le 5° du même article soit substitué au 2°.

6. L'article 6 5° de l'accord franco-algérien prévoit la délivrance de plein droit d'un titre de séjour aux ressortissants algériens en raison de leurs liens personnels et familiaux en France. Le préfet dispose sur ce fondement du même pouvoir d'appréciation que sur le fondement de l'article 6 2° et peut refuser la délivrance du titre de séjour selon la même procédure. En outre, il est constaté dans les motifs de la décision contestée que celle-ci ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Dès lors, la décision contestée aurait pu être prise sur le fondement des stipulations de l'article 6 5° précité, qui peuvent être substituées à celles du 2°, l'intéressé n'ayant été privé d'aucune garantie. Par suite, l'erreur de droit commise par le préfet ne rend pas illégale la décision contestée.

7. En deuxième lieu, si la condition d'entrée régulière sur le territoire n'est pas requise au titre de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision contestée que le préfet du Haut-Rhin aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur le motif de l'entrée irrégulière de M. C en France pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C fait valoir qu'il réside en France depuis le 1er janvier 2018, qu'il a pendant trois ans été hébergé chez une personne en situation de handicap qu'il a aidée au quotidien et qu'il continue à aider régulièrement, puisqu'il s'est lié par un Pacs avec une ressortissante française le 5 octobre 2021, et qu'il réside avec celle-ci et ses trois enfants depuis le mois de mars 2021. Ces circonstances sont toutefois insuffisantes à considérer que M. C, qui allègue sans l'établir avoir noué des liens intenses avec les enfants de sa compagne et qui n'établit pas que sa présence serait indispensable aux côtés son ancien hôte, aurait créé en France des liens d'une stabilité et d'une intensité telles qu'un retour dans son pays d'origine, où il a vécu pendant 30 ans et où résident encore ses parents, porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que, par le refus de titre de séjour contesté, le préfet du Haut-Rhin aurait méconnu les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, le requérant, qui cite l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tout en se référant au dispositif d'admission exceptionnelle au séjour, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du même code, qui dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

11. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent, d'une manière complète et exclusive, les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, des modalités d'admission exceptionnelle au séjour similaires à celles de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

12. Au cas présent, eu égard aux motifs exposés au point 9 et en l'absence de toute considération humanitaire ou motif exceptionnel invoqué par le requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet du Haut-Rhin et à Me Lhote. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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