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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2302989

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2302989

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2302989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

J une requête enregistrée le 29 avril 2023 M. A G, représenté J Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 J lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 J lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros J jour de retard ;

5°) à défaut d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros J jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Berry en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché du vice d'incompétence du signataire de l'acte ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la consultation du ficher de traitement des antécédents judiciaires a été effectuée J un agent habilité à cet effet ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'autorité de chose jugée J le jugement du 9 mars 2022 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée du vice d'incompétence ;

-elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ;

-elle méconnaît l'autorité de chose jugée ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

-la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée du vice d'incompétence ;

-elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que le préfet a attendu plus d'un an après le jugement du 9 mars 2022 pour réexaminer sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est entachée du vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée du vice d'incompétence ;

-elle est entachée de défaut de motivation ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

-elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne peut être regardé comme relevant des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de liens familiaux importants avec la France ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

-la décision portant assignation à résidence est entachée du vice d'incompétence

-elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

J un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés J M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

-la loi du 21 janvier 1995 ;

-le code de procédure pénale ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F en application des dispositions du de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dulmet, magistrate désignée ;

-les observations de Me Berry, avocate de M. G, présent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête J les mêmes moyens et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la consultation du ficher de traitement des antécédents judiciaires a été effectuée J un agent habilité à cet effet, et que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle insiste également sur la circonstance que le requérant a fait uniquement l'objet de deux condamnations pénales, et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public justifiant les décisions attaquées. Il est précisé que le requérant n'entretient pas de relations avec son enfant de nationalité française.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant algérien né en 1991, a déclaré être entré en France avec son épouse et leurs deux enfants le 13 janvier 2018. Un troisième enfant est né de cette union le 21 décembre 2018. Interpellé le 17 novembre 2021, M. G a été placé en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. J arrêté du même jour, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. J jugement du 9 mars 2022, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de l'intéressé. M. G est désormais domicilié à Mulhouse. J arrêté du le 28 avril 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. J un second arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin a assigné M. G à résidence dans le département du Haut-Rhin. M. G demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit J le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit J la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour :

3. Il appartient à la magistrate désignée J le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français, dont elle est saisie. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision J laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. G, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées contre les autres décisions :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, J un arrêté du 27 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme E D, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de M. I H, directeur de la réglementation, et de M. B C, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Il n'est pas établi, ni même soutenu, que M. H et M. C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté attaqué. J suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article R. 79 du code de procédure pénale dispose que : " Outre le cas prévu aux 1°, 2° et 4° de l'article 776, le bulletin n° 2 du casier judiciaire est délivré : / 1° Aux administrations publiques de l'Etat chargées de la police des étrangers () ". J ailleurs, l'article 40-29 du même code dispose que : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2,

L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, J : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités J le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ". J ailleurs, l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers ainsi que pour la nomination et la promotion dans les ordres nationaux. ".

6. M. G soutient que, pour retenir que son comportement constitue un menace à l'ordre public et prononcer à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet s'est notamment fondé sur la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale J des personnels individuellement désignés et spécialement habilités J le représentant de l'Etat. Toutefois, si le préfet mentionne des faits pour lesquels l'intéressé est connu des services de police, qui ont été portés à sa connaissance J la consultation de ce fichier, il ressort en tout état de cause des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 28 avril 2023 que celui-ci est également fondé sur les deux condamnations pénales prononcées à l'encontre de l'intéressé en 2021, mentionnées au bulletin n° 2 de son casier judiciaire et correspondant à ces faits. Il ressort des pièces du dossier du dossier et notamment des termes de la décision litigieuse et du mémoire en défense que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas procédé à la consultation du traitement des antécédents judiciaires de M. G mais s'était uniquement fondé sur les mentions du bulletin n° 2. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. G soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'autorité de la chose jugée J le tribunal le 9 mars 2022, qui indique que l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire le 17 novembre 2021 est entachée d'erreur de droit. Cependant l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache au jugement du 9 mars 2022 devenu définitif emportait l'annulation de la décision du 17 novembre 2021 et l'obligation pour l'administration de procéder, comme il lui a été enjoint, au réexamen de la situation de l'intéressé, sans s'opposer nécessairement à ce qu'une nouvelle décision d'éloignement soit prise à son encontre à l'issue de ce réexamen. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée ne peut, dès lors, accueilli.

8. En quatrième lieu, M. G soutient qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français dès lors que l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prescrivait qu'il se voie délivrer, de plein droit, un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant mineur non marié bénéficiaire de la protection subsidiaire. Cependant, l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, et ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive J l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. M. G ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue J la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. G, qui réside en France depuis 2018, est divorcé de son épouse, également ressortissante algérienne, depuis le 16 novembre 2021. Il est constant que celle-ci, bénéficiaire de la protection subsidiaire, réside à Châteauroux avec les trois enfants mineurs du couple, également bénéficiaires de cette protection. M. G qui exerce l'autorité parentale en commun avec la mère en vertu du jugement du tribunal judicaire de Nice du 16 novembre 2021, dispose uniquement d'un droit de visite dans un espace de rencontre, eu égard aux violences exercées J l'intéressé sur son ex-épouse avant leur séparation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G, qui vit dans le Haut-Rhin, fasse usage de son droit de visite, ni qu'il entretienne des relations, même occasionnelles, avec ses enfants qui vivent dans l'Indre. Si M. G se prévaut également du fait qu'il est le père d'un enfant français, il ressort des pièces du dossier comme des dires du requérant à l'audience qu'il n'entretient pas de liens avec cet enfant, dont il ne contribue ni à l'entretien, ni à l'éducation. M. G indique J ailleurs qu'il travaille depuis le mois de novembre 2022. Il produit en ce sens des attestations de paiement et fiches de paie pour les mois de janvier, février et mars 2023, ainsi qu'un contrat à durée indéterminée d'engagement en qualité de chauffeur livreur coursier daté du 27 mars 2023. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. G a été condamné à 80 heures de travaux d'intérêt général le 19 janvier 2021 J le tribunal judiciaire de Strasbourg, pour des faits de vol en réunion. Un jugement du juge d'application des peines de Strasbourg du 15 novembre 2022 a ordonné la mise à exécution à hauteur de 3 mois de la peine d'emprisonnement pour non-respect de la peine prononcée. Le requérant a été également condamné J jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse du 19 avril 2021 à une peine d'emprisonnement d'un an et huit mois pour des faits de violence aggravée J deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Les liens personnels de M. G avec la France, comme son intégration sur le territoire français, n'apparaissent ainsi pas d'une particulière intensité. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. G n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, et où résident ses parents et son frère. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de M. G, et à l'absence de relations avec ses enfants, la décision J laquelle le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, J suite, être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G entretienne des relations avec ses enfants mineurs, dont il vit séparé. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à l'intéressé méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses enfants, ou affecterait de manière directe et certaine la situation de ces derniers. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les motifs évoqués aux points 10 et 12 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision J laquelle le préfet du Haut-Rhin oblige M. G à quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il ressort de la délégation de signature citée au point 4 que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

15. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui s'appuient sur les mêmes faits et arguments que ceux explicités à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " J dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

17. Pour refuser de laisser un délai de départ volontaire à M. G, le préfet du Haut-Rhin se fonde, d'une part, sur l'existence d'une menace à l'ordre public, et d'autre part, sur le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que M. G ait fait l'objet de condamnations pénales postérieures à celles qui lui ont été infligées en 2021. Il ne ressort notamment pas des pièces du dossier que les interpellations évoquées J le préfet en 2023 pour des faits de conduite de véhicule sans assurance et d'usage de stupéfiant aient donné lieu à poursuite judiciaire. Dans ces circonstances, la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de M. G n'apparaît pas suffisamment actuelle pour justifier le refus de délai de départ volontaire. Il ressort J ailleurs des pièces du dossier que M. G, dont la précédente mesure d'éloignement datée du 17 novembre 2021 a été annulée J le tribunal, est resté domicilié chez sa tante pendant au moins toute la durée de réexamen de sa situation J l'administration, soit pendant plus d'un an. Il exerce J ailleurs une activité professionnelle. Ainsi, et en l'absence d'autres éléments produits J l'administration qui seraient de nature à démontrer un risque particulier de fuite, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation et qu'elle doit, J suite, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée J l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

19. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que c'est à tort que le préfet du Haut-Rhin a refusé d'octroyer à M. G un délai de départ volontaire. Le requérant est donc fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans qui lui a été opposée et qui se fonde sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'erreur de droit et qu'elle doit, J suite, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, eu égard à l'arrêté du 27 mars 2023 portant délégation de signature cité au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

21. En second lieu, dès lors que M. G n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination seraient entachées d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

22. L'annulation des décisions portant refus de délai volontaire et interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas que soit délivré à M. G un titre de séjour, ni que soit réexaminée sa situation. Les conclusions aux fins d'injonction du requérant sont donc rejetées en tant qu'elles assortissent les demandes tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des faits exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. ".

24. M. G étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berry de la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises.

D E C I D E

Article 1 : Les conclusions de la requête n° 232989 dirigées contre le refus de titre de séjour du 28 avril 2023 et les conclusions accessoires à celles-ci sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : L'arrêté du préfet du Haut-Rhin en date du 28 avril 2023 est annulé en tant qu'il refuse d'octroyer un délai de départ volontaire à M. G et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Berry, avocate de M. G, une somme de 1500 (mille cinq cents) euros toutes taxes comprises en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. G J le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1500 (mille cinq cents) euros sera versée à M. G.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, à Me Berry et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public J mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La magistrate désignée,

A. FLe greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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