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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303125

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303125

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, Mme A C épouse D, représentée par Me Berry demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel la Préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à la Préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- il y a violation du principe du contradictoire ;

- la décision est insuffisamment motivée et il n'y a pas eu d'examen de la situation individuelle ;

- il y a erreur manifeste d'appréciation car son fils est tétraplégique ; le risque de non présentation est inexistant compte tenu de cette situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C épouse D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions I de l'article L. 572-6 et de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Messe, magistrate désignée ;

- les observations de Me Berry, avocate de Mme C épouse D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que son époux à fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence datée du 4 mai et notifiée le 11 mai mentionnant également l'obligation de se présenter le mercredi à la PAF de l'Aéroport, que la mesure n'est pas justifiée dès lors qu'ils doivent s'occuper de leur fils handicapé et que malgré l'annulation précédente, aucune demande de sollicitation de ses observations n'a été effectuée, que les AR produits ne peuvent correspondre à une telle demande car ils mentionnent l'adresse de la PADA alors qu'ils devraient mentionner l'HUDA puisqu'ils y sont toujours hébergés eu égard à la difficulté de leur trouver un logement adapté au handicap de leur fils.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante géorgienne, est entrée en France le 28 octobre 2021 avec son époux et son fils handicapé. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 aout 2022. Par un arrêté du 27 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, décision confirmée par le tribunal de céans le 10 octobre 2022. Par un premier arrêté du 11 avril 2023, une assignation à résidence lui a été signifiée. Elle a été annulée par jugement du 2 mai 2023. Par le présent arrêté du 4 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin a repris une décision d'assignation à résidence d'une durée de 45 jours. La requérante en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources.". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-1 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C épouse D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

4. En premier lieu, si le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur une décision d'assignation à résidence dans l'attente de l'exécution d'une mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement, il ressort néanmoins des pièces du dossier que les services de la préfecture ont, préalablement au prononcé des mesures en litige, entendu, par un courrier du 31 mars 2023, inviter les requérants à présenter leurs observations sur la mesure d'assignation envisagée. Mme D soutient ne pas avoir été destinataires de ce courrier du 31 mars 2023. Si la préfète du Bas-Rhin produit un Accusé de réception du présenté le 3 avril 2023 au SPADA, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée vit avec son mari et son fils handicapé en HUDA où les courriers doivent être adressés. Ainsi elle n'a pu faire valoir que son fils présentait une tétraplégie nécessitant la présence continue d'au moins l'un de ses parents à ses côtés. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit à être préalablement entendus.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° l'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé.".

6. La mesure d'assignation à résidence est fondée sur l'existence d'une décision portant obligation de quitter le territoire français que l'intéressée n'a pas exécuté. Toutefois, l'intéressée fait valoir, qu'eu égard à ses contraintes familiales en raison du handicap de son fils, la mesure d'assignation est inutile. En effet, il ressort clairement du dossier et notamment du jugement du 25 avril 2023 concernant son fils M. D A, que le risque de non présentation de l'intéressé est faible du fait de son handicap et qu'il ne peut se rendre une fois par semaine à la police de l'air et des frontières de l'aéroport de Strasbourg Entzheim. En conséquence, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce et à la nature du handicap de son fils, la mesure d'assignation à résidence concernant Mme C épouse D est disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la mesure d'assignation à résidence de Me C épouse D doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente mesure ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter lesdites conclusions.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

10. Mme C épouse D étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berry, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berry de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1 : Mme C épouse D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 mai 2023 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros à Me Berry, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve Mme C épouse D soit admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Berry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la république près le tribunal judicaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La magistrate désignée,

M.L. B,

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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