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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303220

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303220

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMENGUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, M. A B, représenté par Me Mengus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours et de lui délivrer durant ce réexamen un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- l'auteur de la décision était incompétent pour l'édicter ;

- la décision litigieuse est contraire aux dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 435-2 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale les décisions litigieuses ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont contraires à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe Michel,

- et les observations de Me Mengus, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1967, est entré en France le 18 mai 2013 en vue de solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 octobre 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mars 2014. Le 24 mars 2014, il a demandé son admission au séjour en se prévalant de son état de santé et a obtenu la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, par un arrêté du 13 décembre 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 2 mai 2018 de ce tribunal, le préfet du Bas-Rhin a refusé de renouveler ce titre de séjour, a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé s'est cependant maintenu sur le territoire français et a sollicité le 10 août 2021 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande l'annulation de la décision du 1er février 2023 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B était présent sur le territoire français depuis près de dix ans à la date de l'arrêté attaqué et justifie depuis son entrée en France d'un parcours d'insertion particulièrement réussi, caractérisé par la constance de ses efforts en vue de s'intégrer dans la société française par le travail ainsi que par la participation à des activités associatives et à la vie locale de sa commune de résidence. M. B a constamment occupé un emploi, soit en dehors de la communauté Emmaüs, lorsqu'il disposait d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, soit au sein de cette communauté, où il a toujours donné satisfaction. Les attestations qu'il produit font état de ses qualités personnelles, notamment son sérieux, ses capacités relationnelles et son bon comportement général, qui sont appréciées tant au sein de la communauté Emmaüs de Scherwiller, à laquelle il appartient et dont il a le soutien, que des clients de cette communauté et de son voisinage. Il maîtrise la langue française et s'est appliqué à suivre des actions de formation professionnelle chaque fois que la possibilité lui en était offerte. Il s'ensuit, dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard à la très bonne intégration dans la société française de M. B, et alors même qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la gravité des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er février 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français dont a été assorti le refus de titre de séjour et de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Eu égard au motif d'annulation retenu au point précédent, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de délivrer au requérant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

4. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mengus, avocate de M. B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Mengus de la somme de 1 200 euros hors taxes.

D É C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 1er février 2023 de la préfète du Bas-Rhin est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Mengus la somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Mengus renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mengus et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J. IGGERT

La greffière,

O. WAGNER

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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