Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, Mme A... B..., représentée par Me Chebbale, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil pour la période comprise entre le 2 avril 2019 et le 18 octobre 2021 ;
2°) d’enjoindre au directeur général de l’OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil entre le 2 avril 2019 et la reprise effective du versement, sous astreinte de 200 euros à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 500 euros hors taxes, à verser à Me Chebbale, son avocate, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu aux articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard de l’article D. 744-39 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ce qu’elle n’a pas été informée dans une langue qu’elle comprend de l’objet de la décision en litige ;
- l’annulation par le tribunal de la décision du 2 avril 2019 portant retrait des conditions matérielles d’accueil entraîne par voie de conséquence l’annulation de la décision de refus de rétablissement de celles-ci ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que seule une suspension des conditions matérielles d’accueil est prévue en cas de non-respect des exigences des autorités chargées de l’asile ;
- elles est entachée d’un défaut d’examen de la vulnérabilité tel que prévu par l’article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation de la vulnérabilité ;
- en faisant application des dispositions de l’article L. 744-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle méconnaît les objectifs de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 en la privant d’un niveau de vie digne ;
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à l’OFII, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Gros ;
- les observations de Me Chebbale, représentant Mme B....
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante russe, née 18 février 1993, déclare être entrée en France accompagnée de son époux et de ses enfants le 13 août 2018. Elle a déposé une demande d’asile qui a été enregistrée en procédure Dublin le 27 août 2018 et a accepté les conditions matérielles d’accueil. Ayant refusé de se rendre en Pologne, l’OFII lui a retiré, le 2 avril 2019, les conditions matérielles d’accueil au motif qu’elle ne s’était pas présentée aux autorités. Par un jugement du 12 octobre 2021, le tribunal a annulé cette décision et enjoint à l’OFII de réexaminer son droit à bénéficier des conditions matérielles d’accueil. Par la décision contestée du 28 septembre 2022, l’OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil pour la période du 2 avril 2019 au 18 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 744-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, alors en vigueur : « Le bénéfice des conditions matérielles d’accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / (...) / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ».
Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 12 octobre 2021 devenu définitif, le tribunal a annulé la décision par laquelle l’OFII a retiré à la requérante, à compter du 2 avril 2019, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, et a enjoint à l’administration de réexaminer sa situation. La décision attaquée, qui précise avoir été prise en exécution du jugement du 12 octobre 2021, est relative non à une suspension du bénéfice des conditions matérielles d’accueil mais à un refus de rétablissement de ces mêmes conditions matérielles d’accueil et ne peut ainsi être regardée comme satisfaisant à l’injonction prononcée par le tribunal. Par suite, Mme B... est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l’annulation de la décision du 28 septembre 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Eu égard au motif d’annulation du présent jugement, il y a lieu d’enjoindre au directeur de l’OFII de réexaminer la situation de Mme B... quant à son droit au bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 2 avril 2019 et jusqu’au 18 octobre 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’OFII une somme de 1 200 euros à verser à Me Chebbale au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve, d’une part, de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle et, d’autre part, de la décision du bureau d’aide juridictionnelle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 28 septembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l’OFII de Strasbourg a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à Mme B... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur de l’OFII de réexaminer la situation de Mme B... quant à son droit au bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 2 avril 2019 et jusqu’au 18 octobre 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : L’OFII versera à Me Chebbale une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d’une part, que Me Chebbale renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et, d’autre part, de la décision du bureau d’aide juridictionnelle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l’audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
T. GROS
L’assesseure la plus ancienne,
L. DEFFONTAINES
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,