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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303512

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303512

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2023, M. B A, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxes en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est justifié d'aucune perspective raisonnable d'éloignement le concernant ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Merri en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Merri, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 30 mai 2023.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1998, est entré en France selon ses déclarations en octobre 2017. Le 9 mars 2020, il a présenté une demande d'asile. Sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 octobre 2021. Il a, par la suite, sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé, et sa demande a été refusée pour incomplétude. Par un arrêté du 1er juillet 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 20 mai 2023, dont M. A sollicite l'annulation, la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de ce qu'elle ne contient aucune mention de sa situation médicale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

7. Il est constant que la préfète du Bas-Rhin a fait obligation au requérant de quitter le territoire français sans délai par un arrêté du 1er juillet 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 7 septembre suivant. Si M. A soutient avoir présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé le 8 décembre 2022, il ne justifie que d'une demande de protection contre l'éloignement, au demeurant restée sans suite. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, assigner le requérant à résidence.

8. En dernier lieu, M. A soutient que la préfète du Bas-Rhin a entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses perspectives d'éloignement, compte tenu de son état de santé. Toutefois, et d'une part, l'intéressé ne justifie pas des problèmes de santé dont il souffre et qui feraient obstacle à son éloignement. D'autre part, et alors que le requérant ne soutient pas que son état de santé s'oppose à l'assignation à résidence en litige, la préfète du Bas-Rhin pouvait édicter la mesure en litige sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La magistrate désignée,

D. Merri Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303512

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