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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303533

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303533

lundi 19 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. C, ressortissant nigérian, qui contestait le refus implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a estimé que le moyen tiré du défaut de motivation était irrecevable, faute pour le requérant d'avoir sollicité la communication des motifs. Il a également jugé que l'OFII avait bien procédé à un entretien d'évaluation de la vulnérabilité et que les éléments invoqués par M. C (absence de ressources, état de santé) ne démontraient pas une situation de particulière vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. La décision s'appuie notamment sur les articles L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mai 2023 et 28 mars 2024,

M. A C, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 13 février 2023 portant refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et notamment l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 13 février 2023, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la décision ne tient pas compte des éléments de vulnérabilité de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est incompatible avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 8 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né en 1995, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 13 février 2023 portant refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

3. Si M. C soutient que la décision attaquée n'est pas motivée, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir sollicité auprès de l'OFII la communication des motifs de cette décision. Par conséquent, son moyen ne peut pas être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien d'évaluation de vulnérabilité a été réalisé le 13 février 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des éléments particuliers de vulnérabilité n'auraient pas été pris en considération. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait omis de procéder à l'examen de sa situation de vulnérabilité et de ses besoins.

6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, si M. C fait valoir qu'il est sans ressources, cette seule circonstance, à la supposer avérée, ne peut suffire à démontrer l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de son état de santé, il n'établit pas la gravité de la pathologie chronique dont il soutient être atteint, ni la réalité du " suivi médical spécialisé et régulier " dont il aurait besoin, en se bornant à produire une seule ordonnance, émise le 1er février 2023 par un psychiatre et prescrivant un traitement médicamenteux. Dans ces conditions, le requérant n'est fondé à soutenir ni que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni qu'elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".

9. Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut pas être accueilli.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La circonstance que le requérant soit père de deux enfants mineurs ne permet pas, par elle-même et alors notamment que, ainsi qu'il a été exposé au point 9, d'autres dispositifs d'aide sont accessibles, de considérer que la décision de refus des conditions matérielles d'accueil est contraire à leur intérêt supérieur.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Sibileau, président,

Mme Malgras, première conseillère,

M. B, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2025.

Le rapporteur,

C. B Le président,

J.-B. SIBILEAU

Le président,

J.-B. SIBILEAU

La greffière,

S. BILGER-MARTINEZ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. BOHN

No 2303533

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