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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303673

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303673

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023 et un mémoire enregistré le 31 mai 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- aucune information ne lui a été délivrée sur la procédure de demande d'asile, en méconnaissance des articles R. 521-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, consistant en la violation du principe constitutionnel du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

Sur le délai de départ volontaire :

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- il présente des garanties suffisantes de représentation ;

Sur le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle constitue une violation du droit constitutionnel à l'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dorothée Merri en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Gasimov, représentant M. A, qui conclut à l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à l'annulation du signalement de l'intéressé au système de non admission Schengen, et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant de cette direction à l'exception de certaines décisions dont ne relèvent pas les actes en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice d'incompétence des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré du défaut d'interprète lors de la notification des décisions contestées doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, les décisions attaquées visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à l'intéressé. Elles rappellent en outre le parcours de M. A sur le territoire français et les circonstances ayant conduit à l'édiction des mesures contestées. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, dès lors, régulièrement motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci aurait, lors de son audition par les services de police le 24 mai 2023, formulé une demande d'asile. En effet, l'intéressé s'est borné à indiquer qu'il projetait de présenter une nouvelle demande d'asile le 26 mai, à l'expiration de la mesure de transfert vers l'Italie dont il avait précédemment fait l'objet, sans pour autant, de façon claire et explicite, formuler de demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de la remise des informations relatives au droit d'asile prévues par les articles R. 521-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant, de même que celui tiré de la violation du principe constitutionnel du droit d'asile.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En se bornant à soutenir que la décision en litige porte atteinte à son droit au respect de la vie et privée et familiale, sans justifier de son intégration dans la société française ni des liens amicaux et familiaux dont il disposerait sur le territoire, M. A, qui ne conteste pas conserver des attaches dans son pays d'origine, n'établit pas que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

9. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée que la préfète du Bas-Rhin ne s'est pas fondée sur la menace à l'ordre public que constituerait la présence en France du requérant. Dans ces conditions, M. A, qui a au surplus reconnu les faits de violences volontaires avec arme ayant donné lieu à son interpellation et sa garde à vue le 24 mai 2023, ne peut utilement soutenir que sa présence ne représente aucune menace.

10. En second lieu, si M. A soutient que le risque de fuite n'est pas établi, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, est connu sous une autre identité, et qu'il a reconnu, lors de son audition par les services de police le 24 mai 2023, être sans domicile fixe. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin a pu considérer que l'intéressé présentait un risque de fuite aux sens des dispositions précitées et lui refuser l'octroi d'un délai de départ.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

11. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les motifs déjà exposés au point 4 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige constituerait une atteinte au droit constitutionnel d'asile.

14. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé, il n'est pas établi qu'en fixant à un an, sur les trois possibles, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de M. A, la préfète aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 juillet 2023.

La magistrate désignée,

D. Merri

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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