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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303897

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303897

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juin et 5 juillet 2023 sous le n° 2303897, M. A B, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui remettant, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

- sa demande de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète ne s'est pas prononcée sur sa qualification, ses compétences et ses éventuels diplômes ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 5 juillet 2023 sous le n° 2303904, Mme D C épouse B, représentée par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai ;

2°)d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui remettant, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans la requête n° 2303897 susvisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rees ;

- les observations de Me Elsaesser, avocate de M. et Mme B, présents à l'audience.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées, nos 2303897 et 2303904, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les refus de séjour :

2. En premier lieu, les arrêtés contestés comportent un énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement des décisions de refus de séjour en litige. La préfète du Bas-Rhin, qui n'était nullement tenue d'y faire état, en outre, et de manière exhaustive, de l'intégralité de la situation des intéressés, a ainsi régulièrement motivé ces décisions.

3. En deuxième lieu, la motivation des décisions contestées permet de vérifier que la préfète du Bas-Rhin a procédé à un examen particulier de la situation des intéressés. Est à cet égard sans incidence la circonstance qu'elle n'ait pas sollicité de leur part la production d'éléments complémentaires dans le cadre de l'instruction de leurs demandes, ce qu'elle n'était nullement tenue de faire.

4. En troisième lieu, les dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, qui sont dépourvues de toute portée normative, ne peuvent pas être utilement invoquées par les requérants.

5. En quatrième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. M et Mme B, ressortissants albanais nés, respectivement en 1981 et 1987, sont entrés en France en juin 2016. Ils se prévalent de l'ancienneté de leur séjour en France, de la présence de leurs enfants mineurs, nés en 2014, 2015 et 2019, de la scolarisation de ces derniers, de leurs efforts d'intégration et de leur absence d'attaches dans leur pays d'origine. Toutefois, l'ancienneté de leur séjour en France découle principalement du temps d'examen et de réexamen de leurs demandes d'asile et de ce qu'à la suite du rejet de ces demandes, et en dépit des mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet, ils se sont irrégulièrement maintenus sur le territoire français. Ils ne se prévalent d'aucune attache privée ou familiale en France, autre que leur propre cellule familiale. Ni la scolarisation de leurs enfants, ni leurs efforts d'intégration, qui du reste ne présentent aucun caractère exceptionnel, ne suffisent à considérer que le centre de leurs attaches privées et familiales serait désormais établi en France. Enfin, s'ils font valoir qu'ils sont dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine, ils n'en ont, ainsi qu'il vient d'être dit, pas davantage en France, et ils ne démontrent ni même n'allèguent être dans l'impossibilité d'y reconstituer leur cellule familiale. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a refusé de les admettre au séjour en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. D'une part, ces dispositions n'imposaient pas à la préfète, sauf à commettre une erreur de droit, de se prononcer expressément sur les qualifications, les compétences et les éventuels diplômes des intéressés. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète, en estimant que l'admission au séjour des requérants ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, se soit livrée à une appréciation manifestement erronée de leurs situations.

9. En sixième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

10. Les décisions contestées n'ont pas pour objet ou pour effet de séparer M. et Mme B de leurs trois enfants. Par ailleurs, il n'est pas établi que ces derniers ne pourront pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a, conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Les refus de séjour étant, en l'espèce, régulièrement motivés, le moyen tiré du défaut de motivation des obligations de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire français sont illégales du fait de l'illégalité des refus de séjour.

13. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées aux points 6, 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions fixant le pays de destination du fait de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées aux points 6, 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B, ainsi que par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées, nos 2303897 et 2303904, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D C épouse B, et à la préfète du Bas-Rhin, ainsi qu'à Me Elsaesser. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le président-rapporteur,

P. REES

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. MERRI La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2303897 et 2303904

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