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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303917

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303917

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU MW (3)
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, sous le n° 2303917, M. F C, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a interdit le retour durant un an et lui a fait obligation de remettre l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche ;

2°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 15 jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance des articles L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son homosexualité ;

Sur l'obligation de remise de l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision ne comporte pas de circonstances de fait et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, sous le n° 2303918, Mme A E, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a interdit le retour durant un an et lui a fait obligation de remettre l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche ;

2°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 15 jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance des articles L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son homosexualité ;

Sur l'obligation de remise de l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision ne comporte pas de circonstances de fait et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L.512-1 devenu L.614-5 (3e alinéa) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juillet 2023 à 10 heures 30 :

- le rapport de M. D, président-désigné,

-les observations de Me Lelarge substituant Me Schweitzer, représentant M. C et Mme E, assistés de M. G, interprète en langue géorgienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2303917 et n°2303918, qui concernent un couple de ressortissants étrangers, posent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune.

Il y a lieu d'y statuer par un même jugement.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, les décisions en cause mentionnent, de manière précise, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées en application de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes des décisions que le préfet du Haut-Rhin a procédé, contrairement à ce qui est soutenu, à un examen individuel de la situation personnelle des requérants et ne s'est pas cru lié par les seules décisions de rejet de protection internationale opposées aux intéressés.

4. En troisième lieu, M. C et Mme E, de nationalité géorgienne, nés respectivement en 1982 et 1986, sont, selon leurs déclarations, entrés en France le 7 novembre 2022 avec leurs deux enfants mineurs. Ils y vivent seuls sans autre famille proche, ni domicile stable, ni ressources pérennes, ni relations personnelles ou familiales particulières. Ils ne justifient pas ne plus avoir aucune famille, ni relations personnelles dans leur pays d'origine qu'ils ont quitté récemment. Dans ces conditions, les décisions n'ont pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, les décisions n'ont pas pour effet de séparer les enfants mineurs nés en 2007 et 2012 de leur parents et, en l'absence de tout autre élément probant notamment quant au climat d'insécurité prévalant dans le pays d'origine, ne sont pas contraires à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur l'obligation de remise du passeport original et de présentation :

6. Il ressort de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire n'étant pas irrégulières, le moyen tiré de leur illégalité, soulevé par la voie de l'exception, doit être écarté.

Sur la fixation du pays de destination :

7. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire n'étant pas irrégulières, le moyen tiré de leur illégalité, soulevé par la voie de l'exception, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, M. C et Mme E qui, au demeurant, se sont vu opposer un rejet de leur demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apportent pas d'éléments probants sur les risques réels et personnels qu'ils courraient en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour et le signalement dans le système d'information Schengen :

9. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire n'étant pas irrégulières, le moyen tiré de son illégalité doit être écarté.

10. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les décisions mentionnent les éléments de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées et par ailleurs, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à établir que les décisions seraient disproportionnées et ce, alors même qu'ils ne constitueraient pas une menace pour l'ordre public.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C et Mme E à fin d'annulation et, par voie de conséquence à fin d'injonction et application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. C et de Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Mme A E, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

M.D

Le greffier,

S. Pillet

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2303917,2303918

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