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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303928

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303928

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU MW (3)
Avocat requérantDOLICANIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, sous le n° 2303928, M. G I, représenté par Me Dolicanin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui renouveler l'attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de retour durant un an et l'a signalé aux fins de non-admission sans le système d'information Schengen ;

2°) à défaut, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi

du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination :

- le signataire de la décision, M. F, ne justifie pas qu'il était habilité par une délégation spéciale et motivée du préfet régulièrement publiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il court des risques réels en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui est ainsi méconnu ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des quatre critères de l'article

L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne se prononce pas sur chacun des quatre critères prévus par l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile en application de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour es étrangers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, sous le numéro 2303929, Mme D B épouse I, représentée par Me Dolicanin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui renouveler l'attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de retour durant un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) à défaut, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi

du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination :

- le signataire de la décision, M. F, ne justifie pas qu'il était habilité par une délégation spéciale et motivée du préfet régulièrement publiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il court des risques réels en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui est ainsi méconnu ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des critères de l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile en application de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. H, en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience du 19 juillet 2023 à 10 heures 30 :

- le rapport de M. H, magistrat-désigné,

- et les observations de M et Mme I, assistés de M. E, interprète en langue bosnienne,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2303928 et n°2303929, qui concernent un couple de ressortissants étrangers, posent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune.

Il y a lieu d'y statuer par un même jugement.

Sur l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. F, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration pour signer les décisions en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en cause manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige mentionnent, contrairement à ce qui est soutenu, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées au regard des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, M. et Mme I, de nationalité bosnienne, nés respectivement en 1973 et 1977, sont, selon leurs déclarations, entrés en France le 30 août 2022 avec leurs deux enfants alors mineurs. Le couple y vit dans une situation précaire sans ressources pérennes ni logement stable et sans autre famille proche sur le territoire. La circonstance que leur fille mineure soit scolarisée et que leur fils ferait preuve d'une intégration réussie, ne leur confère en elle-même aucun droit au séjour. S'ils font valoir également que leur fils a initié une demande d'asile, il est majeur à la date des décisions en cause et n'est pas concerné par les présentes décisions. Les requérants ne justifient pas, par ailleurs, ne plus avoir aucune relation personnelle ou familiale dans leur pays d'origine qu'ils ont quitté récemment. Dans ces conditions, les décisions ne portent pas une atteinte disproportionnée à leur droit à mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaît pas l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, les requérants, qui se sont vu refuser une protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apportent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations sur la réalité des risques qu'ils courraient en cas de retour en Bosnie-Herzégovine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour :

6. Les décisions en litige mentionnent, contrairement à ce qui est soutenu, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées au regard des critères de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

7. M. et Mme I n'apportent, à l'appui de leurs requêtes, aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de leurs demandes d'asile, leur maintien sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur leur recours. Par suite, leurs demandes de suspension des mesures d'éloignement les concernant en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être rejetées.

8. Il résulte de ce qui précède que, M. et Mme I étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, leurs conclusions à fin d'annulation et de suspension ainsi que, par voie de conséquence à fin d'injonction et d'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M et Mme I sont admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme I sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G I, à Mme D B épouse I, à Me Dolicanin et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 31 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

M.H

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

S. C

N°s 2303928, 2303929

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