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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303970

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303970

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, Mme B A épouse C, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 30 novembre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est irrégulière faute pour la préfète de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est irrégulière en ce qu'il n'est pas établi que le médecin de l'OFII ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins et en ce qu'il n'est pas établi que les examens complémentaires ont été prescrits par le médecin rapporteur et non par les médecins auteurs de l'avis ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la possibilité pour la requérante d'accéder aux soins dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquences de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- et les observations de Me Berry, avocate de Mme A épouse C, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante kosovare née le 1er juin 1969, déclare être entrée en France le 1er juillet 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 15 janvier 2021. Le 29 avril 2022, elle a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par décisions du 30 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

Mme A épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions qu'elle présente à cette fin.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 21 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le 28 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Les éléments communiqués par la préfète du Bas-Rhin à l'appui de son mémoire permettent de vérifier de l'existence de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de ce que celui-ci a été rendu par trois médecins, autres que celui ayant établi le rapport médical, régulièrement désignés comme composant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration par son directeur général. L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration permet en outre de vérifier que c'est au stade de l'élaboration du rapport que des examens complémentaires ont été demandés. Par conséquent, les moyens soulevés relatifs à l'irrégularité de la procédure suivie devant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à l'irrégularité de l'avis rendu par ce collège doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

6. L'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète du Bas-Rhin s'est approprié les conclusions, constate que, si Mme A souffre d'une pathologie dont le défaut de prise en charge pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Mme A soutient que les structures médicales au Kosovo ne permettront pas d'assurer son suivi ni de lui procurer ses traitements. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les traitements que doit prendre la requérante, dont la privation serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne lui seraient pas accessibles dans son pays d'origine, où ils sont disponibles. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de suivi médical concernant l'éventuelle récidive de tumeur desmoïde serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant à Mme A un titre de séjour en raison de son état de santé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si Mme A se prévaut de sa durée de présence de trois ans et quatre mois sur le territoire français où elle réside avec son époux, celui-ci n'est pas en situation régulière et elle n'établit pas avoir noué en France des relations personnelles stables et intenses, ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où vivent ses quatre enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions précitées.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme A n'est pas fondée à soutenir, d'une part, que la décision contestée méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquences de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Ainsi qu'il a été exposé au point 6, l'état de santé actuel de la requérante ne nécessite pas des soins, dont la privation serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qui seraient inaccessibles dans son pays d'origine. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle encourt, du fait de l'absence de soins, un risque de traitements contraires aux stipulations précitées.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 30 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 :Mme A épouse C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Berry.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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