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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304141

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304141

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUDHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrée les 15 et 20 juin 2023, M. B A, représenté par Me Boudhane, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du préfet de la Moselle portant refus de séjour en France ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

4°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Moselle a prononcé son assignation à résidence ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa situation sous un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est illégale dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- que les stipulations de l'article 8 de la CEDH ont été méconnues ;

- que les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ont été méconnues ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation et d' une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la CEDH ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Faessel, président, a été entendus au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. M. A soutient sans être contredit avoir, en date du 7 octobre 2022, adressé au préfet de la Moselle une demande de titre de séjour à laquelle aucune réponse explicite n'a été donnée. Dès lors, en ordonnant son éloignement du territoire national, par l'arrêté susvisé du 13 juin 2023, le préfet de la Moselle a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

3. Il appartient au président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître et les conclusions accessoires y afférant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus implicite de titre de séjour :

4. Dès lors que le requérant n'a pas demandé au préfet de lui communiquer les motifs de son refus implicite de lui délivrer un titre de séjour, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision ou de ce qu'elle ne fait pas suite à un examen effectif de sa situation sont inopérants.

5. Si le requérant, qui est âgé de 21 ans, fait valoir, sans d'ailleurs le justifier, qu'il vit en France depuis quatre années, et qu'il est marié avec une ressortissante française dont elle attend un enfant, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a jamais légalement résidé sur le territoire national et qu'il s'y est maintenu en dépit d'une première mesure d'éloignement prononcée le 18 aout 2020, assortie d'ailleurs d'une interdiction de retour durant 18 mois. En l'état du dossier, il n'établit ni l'existence d'une communauté de vie effective et stable avec son épouse, ni que celle-ci est en situation particulière de dépendance matérielle ou morale par rapport à lui. Il n'établit pas non plus n'avoir plus d'attache dans son pays. Par suite, en refusant de lui délivrer un de séjour, le préfet n'a ni porté une atteinte manifestement excessive au droit à mener une vie privée et familiale que l'intéressé tire des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu la situation personnelle de l'intéressé.

6. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français elle-même :

7. La décision litigieuse, qui comporte l'indication des circonstances de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5., M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant éloignement du territoire national est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ni qu'elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale tel que garanti par que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui comporte l'indication des circonstances de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5., M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire national est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ni qu'elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale tel que garanti par que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; () ; 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

13. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit, l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui, de plus, lui faisait interdiction de retour en France et qu'il est susceptible d'avoir fait usage de document faux ou falsifiés. Il s'ensuit qu'il ne peut soutenir qu'en retenant le risque de fuite, pour ordonner son assignation à résidence, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés susvisés du préfet de la Moselle. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et les conclusions accessoires y afférant sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2023.

Le Président,

X. Faessel,

PrésidentLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

L. Cherif

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