Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 15 juin 2023 sous le n° 2304145, M. B... C..., représenté par Me Grün, demande au tribunal :
de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;
d’annuler la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;
d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ce délai, à défaut d’enjoindre au préfet, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ce délai ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que la décision :
- est entachée d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
- est entachée d’un vice de procédure tiré de la composition irrégulière du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- est entachée d’un défaut de motivation ;
- est entachée d’un défaut d’examen préalable et particulier de sa situation ;
- est entachée d’erreur de droit dès lors que le préfet de la Moselle se serait cru à tort lié par l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- méconnait l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 22 mai 2023.
II. Par une requête enregistrée le 15 juin 2023 sous le n° 2304146, Mme E... C..., représentée par Me Grün, demande au tribunal :
de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;
d’annuler la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;
d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ce délai, à défaut d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ce délai ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que la décision :
- est entachée d’incompétence de l’auteur de l’acte ;
- est entachée d’un vice de procédure tiré de la composition irrégulière du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- est entachée d’un défaut de motivation ;
- est entachée d’un défaut d’examen préalable et particulier de sa situation ;
- est entachée d’erreur de droit dès lors que le préfet de la Moselle se serait cru à tort lié par l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- méconnait l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.
Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 22 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Jean-Baptiste Sibileau, président, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B... C... et Mme E... C..., ressortissants macédoniens respectivement nés en 1983 et 1963, déclarent être entrés en France le 20 décembre 2021. Concomitamment à leurs demandes d’asile, qui ont été rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile par des décisions du 27 mai 2022 et du 3 octobre 2022, ils ont sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de leur état de santé le 1er mars 2022. Le préfet de la Moselle, par des décisions du 30 septembre 2022 dont les requérants demandent l’annulation, a refusé de leur délivrer un titre de séjour.
Les affaires nos 2304145 et 2304146 concernent les membres d’une même famille. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conditions à fin d’annulation :
En premier lieu, par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié le même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme A..., directrice de l’immigration et de l’intégration, à l’effet de signer les actes administratifs se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l’exclusion de certaines catégories d’actes auxquelles n’appartiennent pas les décisions en litige, et à Mme F..., adjointe à la cheffe du bureau de l’admission au séjour, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme A.... Il n’est ni établi ni même allégué que Mme A... n’a pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l’auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. C... et Mme C... ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu’elles sont entachées d’un défaut de motivation.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait omis de procéder à un examen personnalisé des situations de M. C... et Mme C... chacun en ce qui le concerne et n’aurait pas pris en compte les éléments relatifs à leur situation personnelle avant de statuer sur leurs demandes de titre de séjour.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an. (…) / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat. (…) ». La partie qui justifie d’un avis du collège des médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect du secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et d’établir l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi et de la possibilité pour l’intéressé d’y accéder effectivement. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d’instruction utile.
Aux termes de l’article R. 425-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) L’avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l’immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d’une part, d’un rapport médical établi par un médecin de l’office et, d’autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans le pays d’origine de l’intéressé (…) ». Aux termes de l’article R. 425-12 du même code : « Le rapport médical mentionné à l’article R. 425-11 est établi par un médecin de l’Office français de l’immigration et de l’intégration à partir d’un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l’ordre (…) ». Aux termes de l’article R. 425-13 de ce code : « Le collège à compétence nationale mentionné à l’article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l’arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées ont été prises après les avis qui ont été émis, le 29 août 2022 et le 30 août 2022, par le collège des médecins de l’OFII réuni pour évaluer l’état de santé de M. C... et Mme C.... Ces collèges étaient composés de trois médecins désignés par une décision du directeur général de l’OFII du 1er août 2022, régulièrement publiée sur le site internet de l’OFII et au bulletin officiel du ministère de l’intérieur et accessible tant au juge qu’aux parties. Il ressort en outre des mentions de ces avis ainsi que de celles figurant dans les bordereaux transmis au préfet de la Moselle par la direction territoriale de l’OFII que le médecin instructeur, qui a rédigé ses rapports médicaux le 29 août 2022 et le 30 août 2022, n’a pas siégé au sein des collèges des médecins de l’OFII. Dans ces conditions, les requérants, qui ne produisent aucun élément de nature à remettre en cause ces indications, ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d’un vice de procédure.
En cinquième lieu, il ne ressort d’aucune des pièces des dossiers que le préfet de la Moselle se serait estimé lié par les avis émis par les collèges des médecins de l’OFII pour rejeter les demandes présentées par M. C... et Mme C.... Le moyen tiré de l’erreur de droit doit dès lors être écarté.
En sixième lieu, d’une part, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. C... sur le fondement des dispositions citées au point 6, le préfet de la Moselle s’est notamment fondé sur l’avis du collège de médecins de l'OFII du 29 août 2022 qui a estimé que l’état de santé de l’intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’au vu des éléments du dossier et à la date de l’avis, le requérant était en mesure de voyager sans risque vers son pays d’origine. Si M. C... soutient que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’il ne peut effectivement bénéficier d’un traitement approprié, ce moyen est dépourvu de toute précision notamment factuelle permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.
D’autre part, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme C... sur le fondement des dispositions citées au point 6, le préfet de la Moselle s’est notamment fondé sur l’avis du collège de médecins de l'OFII du 30 août 2022 qui a estimé que l’état de santé de l’intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner pour elle des conséquences d’une exceptionnelle gravité, mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d’un traitement approprié et qu’au vu des éléments du dossier et à la date de l’avis, la requérante était en mesure de voyager sans risque vers son pays d’origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... se contente d’affirmer, sans toutefois l’établir, qu’elle remplit les conditions posées par l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De surcroît, si la requérante soutient également que l’état de santé de son fils nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner elle des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’il ne peut effectivement bénéficier d’un traitement approprié, ce moyen est dépourvu de toute précision notamment factuelle permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.
En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant, ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé et ils doivent par conséquent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que M. C... et Mme C... ne sont pas fondés à demander l’annulation des décisions du 30 septembre 2022 attaquées. Les conclusions aux fins d’annulation présentées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Les requêtes de M. C... et Mme C... sont rejetées.
Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., Mme E... C..., à Me Grün et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 3 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Jean-Baptiste Sibileau, président,
- M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
- Mme Sarah Fuchs Uhl, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
J.-B. SIBILEAU
L’assesseur le plus ancien,
M. D...
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,