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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304295

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304295

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (7)
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, Mme D E, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a interdit le retour durant un an et lui a fait obligation de remettre l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la signataire, Mme A, ne justifie pas d'une délégation du préfet régulièrement publiée avant la décision ;

- l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été produit et il ne peut être établi que le médecin instructeur ayant rédigé le rapport n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a rendu son avis ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit dans la mesure où il s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins en méconnaissance de la circulaire du 29 janvier 2017;

- l'article 6 °7 de l'accord franco-algérien a été méconnu dès lors que son état de santé ne peut être pris en charge en Algérie ; aucune structure hyperspécialisée n'y existe et son état de santé nécessite un suivi médical incompatible avec un retour, une prise en charge adaptée n'y étant pas possible ;

- l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu de même que le préambule de la Constitution de 1946 et l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre ;

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance des articles L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

Sur la fixation du pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de remise de l'original du passeport et de se présenter une fois par semaine à la brigade mobile de recherche :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

Sur l'interdiction de retour :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale des droits de l'enfant

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L.512-1 devenu L.614-5 (3e alinéa) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2023 à 11 heures :

- le rapport de M. C, président-désigné,

- les observations de me Schweitzer, représentant Mme E, absente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le refus de titre de séjour :

1. En premier lieu, par un arrêté du 27 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme A, adjointe au chef du service l'immigration et cheffe du bureau de l'admission au séjour, délégation pour signer toutes décisions en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en cause manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration a rendu un avis le 17 mars 2023, joint à la présente instance, sur l'état de santé de la requérante dans les formes et selon la procédure requise. Plus particulièrement, il en ressort que le médecin, nominativement mentionné et régulièrement désigné, qui a établi le rapport transmis au collège ne fait pas partie des trois médecins qui se sont prononcés lesquels ont été désignés par une décision du 3 octobre 2022 dans des conditions qui ne sont pas contestées. Les moyens de procédure ainsi soulevés doivent être écartés.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui est tenu de saisir le collège des médecins, s'en est approprié la teneur en l'absence de tout autre élément d'ordre médical et a ainsi pris sa décision s'en s'estimer lié par ce seul avis, la situation personnelle de la requérante ayant été prise en compte. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

4. En quatrième lieu, le collège des médecins a estimé, dans son avis du 17 mars 2023, que l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, pour sa prise en charge, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de soins en Algérie, la requérante peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le certificat du 28 septembre 2022 produit par un médecin ORL exerçant en Algérie selon lequel aucune structure " hyperspécialisée " ne peut prendre en charge le cas de la requérante ne suffit pas, par ses termes généraux, à contredire l'existence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. De même, le certificat médical du 12 septembre 2022 indiquant, de manière non circonstanciée, que le suivi médical spécialisé est incomptable avec un retour en Algérie en rapport avec sa complexité est sans emport. La requérante ne contredit pas, dès lors, l'avis émis par le collège dont le préfet s'est approprié les termes. Dans ces conditions, l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été méconnu. Pour les mêmes raisons, le préambule de la Constitution de 1946 et l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnus.

5. En cinquième lieu, Mme E, de nationalité algérienne, née en 1972, est entrée en France le 18 octobre 2019, selon ses déclarations, accompagnée de son fils mineur, né en 2006, et de sa sœur. Elle vit depuis peu en France de manière précaire sans ressources pérennes ni logement stable. Sa sœur ne dispose d'aucun droit au séjour et a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement. La requérante n'établit pas, par ailleurs, qu'elle n'aurait plus aucunes relations personnelles ou familiales dans son pays d'origine qu'elle a quitté à l'âge de quarante-sept ans. Dans ces conditions, la décision n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 6 5° de l'accord franco-algérien et, à le supposer opérant, L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En sixième lieu, la décision n'a pas pour effet de séparer l'enfant mineur de sa mère et il n'est apporté aucun élément de nature à justifier qu'il ne pourrait suivre normalement sa scolarité dans son pays où il l'avait commencée et suivie jusqu'à l'âge de 13 ans et demi. Dans ces conditions, l'article 3-1 de Convention internationale des droits de l'enfant n'a pas été méconnu.

Sur l'obligation de quitter le territoire

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour est régulier. Ainsi le moyen tiré de son irrégularité soulevé par la voie de l'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

8. En deuxième lieu contrairement à ce qui est soutenu, la décision mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée en application des articles L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs elle traduit un examen particulier et préalable de sa situation personnelle par le préfet sans qu'il se soit estimé lié par le seul refus de la demande d'asile de l'intéressée.

Sur l'obligation de remise du passeport original et de présentation :

9. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'étant pas irrégulière, le moyen tiré de son illégalité ici soulevé doit être écarté.

Sur la fixation du pays de destination

10. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire n'étant pas irréguliers, le moyen tiré de leur illégalité, soulevé par la voie de l'exception, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, Mme E qui, au demeurant, s'est vu opposer un rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile n'apporte pas d'éléments probants sur les risques réels et personnels qu'elle courrait en cas de retour en Algérie y compris en raison de son état de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour et le signalement dans le système d'information Schengen :

12. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire n'étant pas irréguliers, le moyen tiré de leur illégalité doit être écarté.

13. En deuxième lieu, le préfet a retenu, à juste titre comme il ressort de ce qui a été dit au point 3, que la durée de présence de la requérante sur le territoire ne présente pas un caractère d'ancienneté suffisante, qu'elle ne peut arguer entretenir des liens familiaux intenses et stables en France et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. La décision n'est ainsi pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation et n'est pas disproportionnée quant à sa durée d'une année.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation et, par voie de conséquence, à fin d'injonction et application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M.C

La greffière,

H. Chroat

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour copie conforme,

Le greffier,

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