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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304380

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304380

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2023, M. C A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il n'a pas été régulièrement notifié dans une langue comprise ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la menace pour l'ordre public et du risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dobry en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Tassi, avocat de M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle faute de mentionner l'enregistrement d'une demande d'asile ;

- les observations de M. A B, assisté de M. E, interprète en langue arabe.

Le préfet de la Côte-d'Or, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 15 décembre 2001, a fait l'objet le 20 juin 2023 d'un contrôle d'identité au terme duquel il n'a pas été en mesure de justifier de son identité. Par arrêté du 21 juin 2023 notifié le même jour, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A B a été placé en rétention administrative par arrêté du même jour.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Côte-d'Or le 2 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. D pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, les conditions de notification de l'arrêté contesté sont sans effet sur la légalité des décisions qu'il contient et, par conséquent, elles ne peuvent être utilement invoquées au soutien de la requête en annulation de ces décisions.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

5. La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A B soutient à l'audience que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que la décision ne mentionne pas la circonstance qu'il est demandeur d'asile. Il se borne toutefois à produire une convocation à un entretien au guichet d'accueil des demandeurs d'asile qui, en l'absence d'attestation de demandeur d'asile ou de toute autre preuve d'une telle qualité, ne suffit pas à établir qu'une demande d'asile serait en cours d'examen et aurait dû être prise en compte par le préfet.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A B ne fait état d'aucune attache familiale en France ni d'aucun lien personnel, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées.

Sur la légalité du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

10. La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " En outre, l'article L. 612-3 dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. M. A B ne fait valoir aucun élément de nature à contredire le constat fait dans l'arrêté litigieux qu'il est dépourvu de documents d'identité et de voyage et qu'il ne présente donc pas de garanties de représentation, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant des risques de fuite. En outre, eu égard aux condamnations et diverses mentions du requérant au fichier des antécédents judiciaires, ce dernier n'est pas plus fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la menace qu'il représente pour l'ordre public.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. A B n'invoque aucun élément au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, qui ne peut dès lors qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

15. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

17. Ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. A B ne fait état d'aucune attache sur le territoire français et sa mise en cause ou condamnation dans plusieurs procédures pénales caractérise une menace pour l'ordre public. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre serait disproportionnée au regard de sa situation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A B aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Côte-d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 26 juin 2023.

La magistrate désignée,

S. DobryLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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