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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304447

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304447

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOUDHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement les 23 juin et 4 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Boudhane, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la lettre par laquelle le préfet de la Moselle a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de la décision par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et entretemps, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, au bénéfice de son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave à ses intérêts dès lors qu'il se retrouve sans titre de séjour et dans l'impossibilité de pouvoir travailler légalement et de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité du refus d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa demande ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité du refus d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour:

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour sont irrecevables en l'absence de décision faisant grief ;

- les conclusions dirigées contre un refus de titre de séjour sont irrecevables en l'absence de décision de cette nature ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 2304443 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Claude Carrier, vice-président, en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Claude Carrier a été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 5 juillet 2023, en présence de Mme Trinité, greffière d'audience.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension.

En ce qui concerne le refus d'enregistrement d'une demande d'asile :

4. Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Par ailleurs, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

6. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Moselle a refusé d'enregistrer la demande d'admission au séjour de M. B au motif que le dossier de l'intéressé était incomplet. Le requérant n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, que son dossier de demande de titre de séjour aurait été effectivement complet. Ainsi, la lettre contestée ne saurait être regardée comme constituant une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Dès lors, eu égard à ce qui a été dit au point 5, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette lettre sont également irrecevables.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () "

8. Il résulte de l'instruction que, par lettre du 20 mars 2023, le requérant a présenté une demande titre de séjour. Ainsi, eu égard aux dispositions précitées, à la date de saisine du tribunal le 23 juin 2023, aucune décision de refus de titre de séjour n'était née. Par suite les conclusions tendant à la suspension d'une décision inexistante sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Boudhane et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 18 juillet2023.

Le juge des référés,

C. Carrier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Soltani

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