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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304469

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304469

lundi 13 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a examiné la requête de M. D..., agent de maîtrise titulaire de la commune de Saint-Avold, contestant sa révocation prononcée le 7 juin 2023 par le maire. Le requérant invoquait un défaut de motivation de la décision et une erreur d’appréciation des faits. Le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de motivation, estimant que la décision comportait les éléments de droit et de fait suffisants, et a écarté l’argument sur le maintien de chefs de sanction exclus par le conseil de discipline. La solution retenue est le rejet de la requête, le tribunal ayant jugé que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, sans se prononcer sur le second moyen dans l’extrait fourni. Les textes appliqués incluent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, ainsi que les articles L. 532-5 et L. 530-1 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juin 2023, 18 et 20 décembre 2024, M. E... D..., représenté par Me Gorgol, demande :

1°) d’annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le maire de la commune de Saint-Avold a prononcé sa révocation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Avold la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que les faits ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, la commune de Saint-Avold, représentée par Me Couronne, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2025.

Un mémoire présenté pour M. D... a été enregistré le 15 juillet 2025, postérieurement à la clôture d’instruction et n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Klipfel, rapporteure,
- les conclusions de Mme Kalt, rapporteure publique,
- les observations de Me Gorgol, représentant M. D...,
- et les observations de Me Couronne, représentant la commune de Saint-Avold.


Considérant ce qui suit :

M. D..., entré au service de la commune de Saint-Avold le 2 mai 2000 en qualité d’agent d’entretien contractuel, agent de maîtrise titulaire depuis le 1er juillet 2009, exerçait les fonctions de responsable des ateliers municipaux depuis le 13 novembre 2009. Se voyant reprocher des manquements à ses obligations de loyauté, d’intégrité et de probité, M. D... a été informé de l’engagement à son encontre d’une procédure disciplinaire par un courrier du 6 janvier 2023. Par un avis rendu le 28 mars 2023, le conseil de discipline s’est prononcé en faveur d’une sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de 12 mois assortis d’un sursis de trois mois. Par une décision du 7 juin 2023, dont il demande l’annulation, le maire de la commune de Saint-Avold a prononcé la révocation de M. D... à compter du 1er juillet suivant.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) 2° Infligent une sanction ; (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 532-5 du code général de la fonction publique : « Aucune sanction disciplinaire (…) ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ».

Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction ne comporte, par elle‑même, aucun motif et se borne à se référer à un avis ou à un rapport dont le texte n’est ni incorporé, ni joint à la décision.

La décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait, notamment les éléments de fait précis de nature à caractériser les manquements reprochés à M. D... qui ont conduit le maire de Saint-Avold à prendre à son encontre la sanction de révocation, qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. La circonstance que la décision contestée ne mentionne pas pourquoi la commune a décidé de maintenir deux chefs de sanction qui ont été exclus par le conseil de discipline est sans incidence sur sa légalité. De même, et contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, la circonstance que la décision attaquée mentionne pourquoi la commune a décidé de le révoquer alors même que la commission de discipline avait proposé une sanction moins sévère est un motif surabondant, sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code général de la fonction publique : « L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. ». Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ». Aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / (..) 4° Quatrième groupe : / (…) b) La révocation. ».

Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

Pour prononcer à l’encontre de M. D... la sanction de la révocation, le maire de la commune lui a opposé trois griefs tirés de ce qu’il a utilisé un des véhicules de service ainsi que la carte essence de la commune à des fins personnelles, qu’il a sciemment surévalué les besoins en sel de la commune pour favoriser les intérêts de la société A... dont le dirigeant est en relation d’affaires avec lui et qu’il a manqué à son obligation de probité.

Tout d’abord, si la commune fait valoir que M. D... a utilisé pendant plusieurs années un des véhicules de service du parc automobile de la commune ainsi qu’une carte essence de la commune à des fins personnelles, elle ne l’établit pas en se bornant à produire un rapport d’enquête du 28 décembre 2020 réalisé par un chargé de mission de la commune qui ne permet pas de justifier que M. D... aurait bénéficié de ce véhicule, alors au demeurant qu’il produit plusieurs attestations justifiant que ce véhicule a également été régulièrement utilisé par d’autres agents. Par conséquent, ce premier grief ne peut être reproché à M. D....

Ensuite, il est reproché à M. D... d’avoir surévalué les besoins en sel de déneigement de la commune pour favoriser les intérêts de la société A... dont le dirigeant est en relation d’affaires avec lui. Il ressort des pièces du dossier qu’avant la saison hivernale 2020-2021, la commune disposait d’un stock de sel d’environ 1 000 tonnes. M. D... a demandé à ce qu’il soit commandé, pour la saison hivernale 2020-2021 environ 1 150 tonnes de sel entre le 15 novembre 2020 et le 15 mars 2021, ce qu’il ne conteste pas. Il ressort également des pièces du dossier que 120 tonnes de sel ont été utilisées pour remplir les bacs à sel de la commune et que celle-ci disposait d’un stock de sel de 350 à 400 tonnes à la fin de la saison hivernale. La commune, en se fondant sur une comparaison avec d’autres collectivités aux conditions météorologiques et réseaux routiers similaires, au regard du nombre de sorties de la saleuse qui ont été réalisées, de la capacité de la saleuse et de la quantité de sel épandu par mètre carré, établit que la quantité commandée de 1 150 tonnes est sans commune mesure avec les besoins réels de la collectivité. Par ailleurs, si M. D... fait valoir que l’exécutif de la commune le poussait à commander d’importants stocks de sel, il ressort toutefois des pièces du dossier que le directeur des services techniques de la commune, M. B..., responsable hiérarchique de M. D..., lui donnait au contraire des consignes pour réduire l’utilisation de sel. Au demeurant, M. D... n’est pas en mesure de justifier de la réalité des réceptions des quantités de sel commandées et livrées en l’absence de bons de commande et de bons de réception au dossier. Enfin, M. D... ne critique pas utilement les chiffres avancés par la commune et dûment documentés en se bornant à soutenir qu’il a déjà commandé de telles quantités de sel, voire des quantités supérieures, par le passé alors même que les précédentes commandes étaient déjà opérées auprès du même fournisseur, avec lequel il était en relation d’affaires. À ce titre, si M. D... a adressé à la collectivité, dans le cadre d’une demande d’autorisation de cumul, un courrier du 6 février 2017 indiquant qu’il souhaitait acquérir un bâtiment sis 57 avenue principale en vue de l’installation d’une pizzéria et créer, dans ce cadre, une SCI composée de sa concubine et de M. C... A..., il n’a pas informé la collectivité de la circonstance que M. A... était prestataire de la commune, au sein de la société A... alors qu’il était responsable des commandes de sel passées pour la commune auprès de cette société. Le maire de la commune de Saint-Avold était dès lors fondé à lui opposer le grief tiré de ce qu’il a sciemment surévalué les besoins en sel de la commune pour favoriser les intérêts de la société A... dont le dirigeant est en relation d’affaires avec lui.

Enfin, par la décision attaquée est reproché à M. D... un manquement à l’obligation de probité sanctionnée par les dispositions des articles L. 121-4 et L. 121-5 du code général de la fonction publique selon lesquelles l’agent public veille à prévenir ou à faire cesser immédiatement les situations de conflit d’intérêt, constitué par toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés de nature à influencer ou paraitre influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif des fonctions de l’agent public.

Il est précisément fait grief à M. D..., d’une part, sa dissimulation auprès des autorités de la commune de ce qu’il a créé, avec sa concubine et M. C... A..., dirigeant de la société A..., fournisseur de sel de la commune, une société civile immobilière. Toutefois, ainsi qu’il a été dit plus haut, il ressort des pièces du dossier, que M. D..., par un courrier du 6 février 2017, a demandé au maire de la commune s’il pouvait acquérir un bâtiment sis 57 avenue Principale en vue de l’installation d’une pizzéria et créer, dans ce cadre, une SCI composée de sa concubine et de M. C... A.... Par un courrier du 15 février 2017, le maire de la commune a donné son autorisation. Par conséquent, ce grief ne peut lui être reproché.

Il est d’autre part, au même titre du manquement à l’obligation de probité, fait grief à M. D..., ainsi qu’il a été dit plus haut, d’entretenir une relation d’affaires avec M. A... alors même que, dans le même temps, il est responsable des commandes de sel pour la commune auprès de la société A.... Si le requérant fait valoir qu’il ne commandait pas, lui-même, directement le sel nécessaire aux opérations de viabilité hivernale auprès de la société A..., il était toutefois celui qui donnait les informations nécessaires à la commande des quantités de sel. Dans ces circonstances, M. D... s’est sciemment placé dans une situation de conflit d’intérêt de nature à influencer ou paraitre influencer l’exercice indépendant impartial et objectif de ses fonctions de responsable des ateliers municipaux. Cet élément constitue un manquement fautif grave au devoir de probité.

Par conséquent, les faits reprochés à M. D..., ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire et tirés de ce qu’il a sciemment surévalué les besoins en sel de la commune pour favoriser les intérêts de la société A... dont le dirigeant est en relation d’affaires avec lui et qu’il a manqué à son devoir de probité constituent des fautes de nature à justifier une sanction. Si les faits tirés de l’utilisation récurrente d’un véhicule de service et de la carte essence de la commune à des fins personnelles ainsi que le fait d’avoir dissimulé auprès des autorités de la commune de ce qu’il a créé avec M. C... A..., dirigeant de la société A..., la SCI Sofizic, ne sont pas établis, il ressort des pièces du dossier que la commune de Saint-Avold aurait pris la même décision si elle n’avait tenu compte que des griefs fondés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision en litige présentées par M. D... ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Avold, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Avold et non compris dans les dépens.



D É C I D E :



Article 1 :
La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 :
M. D... versera à la commune de Saint-Avold la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. E... D... et à la commune de Saint-Avold.




Délibéré après l'audience du 29 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Iggert, président,
Mme Malgras, première conseillère,
Mme Klipfel, conseillère,





Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2025.


La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

J. IGGERT

La greffière,





S. BILGER-MARTINEZ





La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,


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