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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304550

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304550

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique (3)
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Grün, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Moselle a retiré son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou subsidiairement une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai à compter du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 900 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Sur la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée

- la décision méconnait le droit à être entendu ;

- le signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur le délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné M. Julien Iggert en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Julien Iggert, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique du 28 août 2023.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C ressortissante nigériane née le 11 août 1994, indique être entrée en France le 14 juin 2016. Elle a déposé une demande d'asile le 28 avril 2017 rejetée par l'Office Français de Protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 12 mars 2018 puis par la cour nationale du droit d'asile par une décision 26 septembre 2022. Par un arrêté en date du 13 juin 2023, la préfète de la Moselle a retiré sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. La requérante en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile

4. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté.

5. Aux termes de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé Telemofpra, que la demande d'asile déposée par la requérante a été rejetée par l'OFPRA le 12 mars 2018, et confirmée par la CNDA le 26 septembre 2022. La requérante qui indique que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au motif que les voies de recours ne sont pas épuisées, n'établit ni même n'allègue avoir formé un recours à l'encontre de cette dernière décision. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste appréciation.

Sur la décision obligeant Mme C à quitter le territoire français

7. En premier lieu, par un arrêté du 30 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 31 mai 2023, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. D E, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas celle en litige, Par suite, le moyen tiré de ce que M. E, signataire de cette décision, ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée doit être écarté comme manquant en fait.

8. En second lieu, contrairement à ce que soutient l'intéressée, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut d'examen préalable et particulier de la situation de la requérante.

9. En troisième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En l'espèce, Mme C soutient ne pas avoir pu faire valoir ses observations à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, d'une part, le requérant a sollicité l'asile et a été en mesure de faire valoir, dans ce cadre, les éléments concernant sa situation. D'autre part, la mesure d'éloignement fait suite au rejet de sa demande d'asile. Or, lorsqu'il sollicite l'admission au statut de réfugié, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement et l'administration n'était pas tenue de le mettre à même de présenter des observations spécifiques sur ces mesures. En tout état de cause, Mme C ne précise pas les circonstances ou indications qu'il n'aurait pas été en mesure de porter à la connaissance de la préfète et qui auraient été susceptibles de conduire à l'édiction d'une décision différente. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le principe général du droit de l'Union européenne du droit de la défense, le droit d'être entendu et le droit à une bonne administration doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. La requérante se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de l'ensemble de sa famille en France ainsi que son intégration au sein de la société française. D'une part, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir que toute sa famille s'est effectivement établie en France et qu'elle est ainsi dépourvue de liens dans son pays d'origine. D'autre part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'intéressée a fait l'objet d'une mise en examen pour des chefs de délit de proxénétisme, de participation à un groupe formé ou à une bande établie en vue de la préparation de crimes de proxénétisme aggravé, et d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier. Dès lors, nonobstant la circonstance que la requérante suive des cours de français, circonstance au demeurant non établie, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle justifie d'une quelconque intégration au sein de la société française. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C doit également être écarté.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. En dernier lieu, il est constant que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer la requérante de ses enfants. En outre, il ressort des termes même de la décision attaquée que le père de son fils B fait lui-même l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, rien ne s'oppose à ce que ses enfants âgés de six et deux ans soient scolarisés dans le pays d'origine de leur mère quand bien même ils n'y ont jamais vécu. Par suite, la décision ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur le délai de départ volontaire

14. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté.

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait demandé une prolongation du délai de départ ou fait valoir auprès de l'autorité préfectorale l'existence d'éléments justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet a commis un erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours.

Sur la décision fixant le pays de destination

16. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté.

17. Mme C se borne à soutenir qu'elle encourt un risque de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, sans toutefois apporter d'éléments permettant d'établir la réalité des risques allégués. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

18. En premier lieu, contrairement à ce que soutient l'intéressée, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté.

19. En deuxième lieu, il ressort de la lecture même de la décision attaquée que le préfet a pris en considération les différents critères fixés par les dispositions de l'article L. 612 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vérifié que des circonstances exceptionnelles ne s'opposaient pas à l'adoption de cette mesure. Le moyen tiré de l'erreur de droit alléguée manque dès lors en fait.

20. En troisième lieu, pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante, le préfet de la Moselle a tenu compte, notamment, de l'absence de liens intenses et stables avec la France ainsi que de ce qu'elle constituait une menace à l'ordre public du fait de sa mise en examen pour des chefs de délit de proxénétisme, de participation à un groupe formé ou à une bande établie en vue de la préparation de crimes de proxénétisme aggravé, et d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier. Dès lors, alors même que la requérante ne s'est pas soustraite à une précédente mesure d'éloignement, le préfet, en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 de la présente décision, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision litigieuse du 13 juin 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C à Me Grün et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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