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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304615

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304615

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 juin et 7 juillet 2023, M. E H, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence renouvelable une fois par reconduction tacite ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37-1 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entaché d'une erreur dans l'appréciation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l''article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. H n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. H n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Gros en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, magistrat désigné ;

- les observations de Me Berry, avocate, représentant M. H ;

- les observations de M. H, assisté par M. F, interprète en langue arabe.

Le préfet du Haut-Rhin régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E H, ressortissant algérien, né le 2 juillet 1988, déclare être entré irrégulièrement en France le 17 octobre 2015. Il a été contrôlé et interpelé par les services de la gendarmerie de Belfort le 28 juin 2023. Par arrêté du même jour, le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit le retour pour une durée d'un an. Par arrêté du même jour, dont il demande également l'annulation, le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable une fois par reconduction tacite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen commun aux décisions prises par le préfet du Territoire de Belfort :

2. Par un arrêté du 31 mai 2023 publié au recueil des actes administratifs le 1er juin 2023, le préfet du Territoire de Belfort a donné délégation à M. G B, sous-préfet et secrétaire général de la préfecture du Territoire de Belfort, à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains cas parmi lesquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédents ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d' autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. En l'espèce, si M. H se prévaut de la durée de sa présence en France depuis 2017, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa court séjour et s'y est maintenu, depuis, de manière irrégulière. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire et sans enfants et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. S'il se prévaut de deux promesses d'embauche dans le secteur du bâtiment en date du 29 novembre 2021 et du 10 juin 2023, ces seuls éléments sont insuffisants pour attester d'une réelle insertion professionnelle. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet du Territoire de Belfort, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

5. Il résulte des points précédents que les moyens soulevés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle refusant un délai de départ volontaire doit être également écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. En l'espèce, pour justifier l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. H pendant une durée d'un an, le préfet du Territoire de Belfort a visé les dispositions précitées à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a tenu compte, notamment, de ce que l'intéressé a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement en date des 19 décembre 2018 et 25 avril 2022 auxquelles il n'a pas déféré et de ce qu'il n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative. Toutefois, dans la mesure où le requérant vit en France depuis six années, ne constitue pas une menace à l'ordre public et justifie d'une dernière promesse d'embauche circonstanciée en date du 10 juin 2023 dans le secteur du bâtiment, dont le rédacteur et potentiel employeur, présent à l'audience, fait état de ses qualités et aptitudes, le requérant est fondé à soutenir, dans les circonstances de l'espèce, que la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Si le requérant craint, en cas de retour dans son pays d'origine, d'être exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Au demeurant, l'intéressé a fait une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 29 mai 2018. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4, le moyen tiré d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant assignation :

11. En premier lieu, le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 21 juin 2023 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs, donné délégation à M. I C, en cas d'absences ou d'empêchements simultanés de M. K J, directeur de la réglementation et de M. A D, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. J n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

12. En deuxième lieu, il résulte des points précédents que les moyens soulevés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'assignant à résidence doit être également écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

14. Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la période initiale d'assignation de 45 jours nécessite une décision expresse, prise au vu des circonstances de droit et de fait existant à la date de son édiction. Par suite, en tant qu'elle prévoit le renouvellement tacite de cette période initiale de 45 jours, la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 pris à son encontre par le préfet du Territoire de Belfort en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par le lequel le préfet du Haut-Rhin a prévu une reconduction tacite de son assignation à résidence pendant une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. H en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 28 juin 2023 du préfet du Territoire de Belfort est annulé en tant qu'il interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2023 du préfet du Haut-Rhin est annulé tant qu'il prévoit une reconduction tacite de 45 jours.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. E H et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au préfet du Territoire de Belfort, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

Le magistrat désigné,

T. GrosLa greffière

S. Soltani

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Soltani

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