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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304646

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304646

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2023 et le 17 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Adib, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile jusqu'à ce qu'une décision soit rendue au titre de sa demande d'asile du 3 juillet 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- s'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

o elles sont entachées d'incompétence ;

o elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

o elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

o elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elles sont entachées d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- s'agissant du refus du délai de départ volontaire, il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français, elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- les observations de Me Adib, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures ;

- et les observations de M. C, qui indique souhaiter rester en France.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 18 septembre 2003, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Geispolsheim, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans le 22 juin 2022. En exécution de cette mesure, il a été éloigné vers la Géorgie le 10 décembre 2022. Il a été interpellé par les services de police de Colmar et placé en garde à vue le 27 juin 2023. Par un arrêté en date du 28 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 22 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme E A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ces stipulations ne garantissent pas au ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Le requérant, qui avait été éloigné vers la Géorgie le 10 décembre 2022 en exécution d'une obligation de quitter le territoire français, indique lui-même être entré en France depuis moins de trois mois. Si le requérant fait état de son mariage, il ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts matériels et moraux. Il n'allègue pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, le requérant s'est fait défavorablement connaître des services de police à quinze reprises, de 2019 à 2022, notamment pour des faits de vol, et de transport, offre ou cession, acquisition ou détention non autorisée de stupéfiants et il a été placé en garde à vue en dernier lieu pour des faits d'usage, d'acquisition, de transport, de détention, d'offre et de cession de produits stupéfiants. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée du séjour de l'intéressé, notamment à son absence d'intégration dans la société française, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, le requérant s'est fait défavorablement connaître des services de police à quinze reprises, de 2019 à 2022, notamment pour des faits de vol, et de transport, offre ou cession, acquisition ou détention non autorisée de stupéfiants et il a été placé en garde à vue en dernier lieu pour des faits d'usage, d'acquisition, de transport, de détention, d'offre et de cession de produits stupéfiants. En se bornant à alléguer que sa dernière infraction commise date de mars 2022, le requérant ne remet pas utilement en cause les faits qui lui sont reprochés. Ainsi, eu égard aux faits qui lui sont reprochés et à leur répétition, le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Les décisions attaquées ne sont, par suite, entachées d'aucune erreur d'appréciation sur ce point.

En ce qui concerne le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale.

En ce qui concerne le moyen propre au refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement, le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, si le requérant soutient que le risque de fuite n'est pas établi, il ne justifie pas d'une quelconque résidence effective et permanente. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait soumis à des traitements inhumains et dégradants. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision de prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

14. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français du 28 février 2022, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets, indique lui-même n'être présent en France que depuis moins de trois mois, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, la prolongation de l'interdiction de retour pendant une durée d'un an n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. Milbach

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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