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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304702

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304702

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Berry, demande au juge des référés :

1°) d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la Préfète du Bas-Rhin, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de déclarer recevable et d'enregistrer sa demande de titre sous peine d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard à compter du délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes à verser à Me Berry au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard à la gravité de son état de santé et à ses demandes répétées ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige et sont tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conditions d'urgence et d'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la requête en annulation enregistrée sous le numéro 2304690.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. C, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 juillet 2023 tenue en présence de Mme Soltani, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que la requête.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité albanaise, entré en France le 23 décembre 2021 avec son épouse et leurs deux enfants mineurs, a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'OFPRA le 20 mai 2022 et par la CNDA le 29 novembre 2022. Il s'est présenté à la préfecture du Bas-Rhin le 7 mars 2023 et indique que l'agent du guichet lui aurait refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Lors de sa convocation du 29 mars 2023 au guichet de la préfecture du Bas-Rhin, M. B soutient s'être vu refuser verbalement l'enregistrement de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé au motif qu'il fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire pris à son encontre le 5 décembre 2022. Le requérant demande la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre

M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision portant refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour, M. B se borne à indiquer que le droit de déposer une demande de titre de séjour est garanti par la loi, qu'il relève de l'intérêt général, outre l'intérêt particulier du demandeur, que tout étranger en situation irrégulière puisse être mis en mesure de déposer une demande de régularisation et de voir celle-ci enregistrée et instruite. Toutefois et à supposer même que l'intéressé se soit réellement rendu en préfecture dans le cadre des demandes de titre de séjour qu'il a formées, il n'avait pas produit le certificat dont il se prévaut à l'instance et il ne fait état d'aucun élément de nature à établir que la décision qu'il conteste modifie sa situation juridique alors qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour demandé pour raisons de santé assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 5 décembre 2022 dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Strasbourg. Le requérant ne sollicite d'ailleurs la suspension de la décision contestée que plus de trois mois après la survenance de cette décision et se borne à produire un certificat médical dépourvu de toute précision pour justifier du caractère non dilatoire de sa demande. Dans ces conditions, il ne justifie pas, comme il lui incombe ainsi que cela a été rappelé au point 3, du respect de la condition d'urgence.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fins de suspension doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble de ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Berry et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 24 juillet 2023.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Soltani

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