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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304716

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304716

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4, 10 et 17 juillet 2023,

M. A B, représenté par Me Adib, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet du Haut-Rhin l'a maintenu en rétention ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et lui remettre son passeport et tout effet personnel qui serait en possession de l'administration ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milbach en application des dispositions de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milbach, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Adib, avocat de B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans sa requête ;

- et les observations de M. B, qui indique souhaiter rester en France.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ".

2. Le seul fondement légal de la décision attaquée de maintien en rétention de M. B repose sur les dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ne sont pas mentionnées dans ladite décision, qui se borne à faire référence dans ses visas au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " notamment ses articles L. 612-2 ; L. 612-3 ; L. 731-1 ; L. 740-1 et 2 ; L. 741-1 à L. 741-4 ; L. 741-6 à 9 ; L. 744-1 à L. 744-9 ". Si le préfet mentionne encore l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangères et du droit d'asile, cet article n'édicte que les cas dans lesquels une demande d'asile présentée par un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable et ne peut donc être regardé comme le fondement légal de la décision attaquée de maintien en rétention. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, elle doit ainsi être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention. ". L'article L. 541-2 dudit code prévoit que : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 de ce code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; / 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ;/ 3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 10 juillet 2023, l'OFPRA, statuant en procédure accélérée après avoir entendu le récit de M. B quant aux risques qu'il encourrait au Géorgie, pays d'origine sûr, a estimé que les déclarations de l'intéressé et les documents présentés ne permettaient pas de tenir les faits allégués pour établis, ni de regarder comme avérées les atteintes graves auxquelles il s'est dit exposé et a, en conséquence, confirmé sa précédente décision de rejet. Dès lors, eu égard aux dispositions précitées, l'exécution du présent jugement n'implique pas que le préfet du Haut-Rhin délivre à M. B une attestation de demande d'asile. En revanche, elle implique que l'administration remette immédiatement au requérant tout effet personnel qui serait, le cas échéant, encore en sa possession.

Sur les frais liés au litige :

6. En premier lieu, il appartient à l'avocat désigné d'office qui entend obtenir le versement à son profit de la somme mise à la charge de la partie perdante de formuler expressément, au besoin dans ses écritures, une demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à son client si celui-ci ne l'a pas fait. Le juge ne peut décider que les sommes mises à la charge de la partie perdante seront versées à cet avocat dans les conditions prévues à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans avoir, au préalable, admis son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, sans préjudice de la décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle.

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Me Adib, avocat désigné d'office, aurait formé une telle demande au profit de son client. Par suite, Me Adib ne peut pas se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

8. En second lieu, le requérant a été représenté à l'audience par un avocat commis d'office, Me Adib, qui figurait sur la liste des avocats de permanence désignés d'office établie par le bâtonnier. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La décision en date du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a maintenu en rétention M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de restituer à M. B tout effet personnel qui serait, le cas échéant, encore en possession de l'administration.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. Milbach

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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