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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304723

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304723

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. D C, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations du 1), du 2) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe Michel,

- et les observations de Me Berry, avocat de M. C.

Une note en délibéré présentée par M. C a été enregistrée le 16 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 1er janvier 1981, est entré en France de manière irrégulière le 5 mai 2012 selon ses déclarations. Après avoir épousé une ressortissante française le 24 octobre 2020 à Alfortville, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français par une lettre reçue le 22 mars 2021. Par un arrêté du 27 avril 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 1er octobre 2021 du tribunal et une décision du 13 mai 2022 de la cour administrative d'appel de Nancy, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Le 24 mars 2023, M. C a réitéré sa demande d'admission au séjour. Par un arrêté du 3 juillet 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 21 juin 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. F E, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, et, en son absence ou en cas d'empêchement, à Mme B A, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers. Il n'est ni établi, ni même allégué que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de ce que Mme A n'aurait pas été compétente pour signer les décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour prononcer à l'encontre de M. C un refus de titre de séjour. Ainsi, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ".

5. Si M. C soutient résider en France depuis l'année 2012, il n'apporte aucune pièce de nature à établir sa présence sur le territoire français avant l'année 2014. En outre, les justificatifs concernant les années 2014 et 2015 sont particulièrement lacunaires puisqu'ils se limitent à deux ordonnances émises par un praticien hospitalier les 14 octobre 2014 et 19 novembre 2015, qui ne sont pas à elles-seules de nature à établir la présence continue en France de M. C pendant ces deux années. Il s'ensuit que le requérant, qui ne justifie pas résider de manière continue et habituelle en France depuis plus de dix ans, n'est pas fondé à invoquer les stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. En troisième lieu, les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoient la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " : " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". La souscription de la déclaration prévue par cet article et dont l'obligation figure à l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

7. Si M. C soutient qu'il est entré en France en provenance d'Espagne le 5 mai 2012, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait déclaré son entrée en France, dans les conditions prévues à l'article 22 précité de la convention d'application de l'accord de Schengen. Dès lors, M. C ne justifiant pas de son entrée régulière sur le territoire français, le préfet du Haut-Rhin pouvait pour ce seul motif lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français sans méconnaître les stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 17 décembre 1968. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C se prévaut de la durée de son séjour en France, de son union avec une ressortissante française et de leur engagement commun dans une procédure de procréation médicalement assistée (PMA), ainsi que de son investissement auprès du fils de son épouse. Toutefois, d'une part, si l'intéressé fait valoir être présent en France depuis mai 2012, il résulte de ce qui a été dit au point 5 qu'il n'apporte aucun élément permettant d'établir sa présence continue depuis cette période et, au demeurant, il n'a entamé des démarches visant à régulariser sa situation administrative qu'à partir de l'année 2021. D'autre part, si M. C se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, célébré le 24 octobre 2020, tant leur union que leur communauté de vie présentaient un caractère récent à la date de la décision contestée. En outre, l'intéressé n'établit pas que leur projet de PMA ne pourrait pas être différé temporairement, pendant la durée strictement nécessaire à l'obtention d'un visa de conjoint de ressortissant français délivré par les autorités consulaires françaises en poste en Algérie. Par ailleurs, M. C n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs, ni avoir tissé des liens d'une intensité, d'une ancienneté et d'une stabilité particulières sur le territoire français. Enfin, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion significative en France. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés. Le préfet du Haut-Rhin n'a pas davantage commis, pour ces mêmes motifs, d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision au regard de la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions, figurent celles du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du titre de séjour lorsqu'un étranger justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement cette condition, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

11. Au soutien de son moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, entachant la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, M. C se prévaut de sa présence en France depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige pour prétendre au bénéfice des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 5, les pièces versées au dossier ne suffisent pas à justifier de la résidence habituelle en France de M. C depuis dix ans. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen de procédure invoqué à ce titre doit être écarté.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre qui lui a été opposé.

13. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent être accueillis pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Il est constant que l'intérêt supérieur de l'enfant de l'épouse de M. C réside avant tout dans la présence à ses côtés de sa mère, ce à quoi la décision ne fait pas obstacle. Par ailleurs, si M. C se prévaut des liens qu'il soutient entretenir avec cet enfant, il n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à en établir la réalité et l'intensité. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à invoquer les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur les moyens propres à la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut pas être accueilli.

17. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée.

19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Berry et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère,

M. Christophe Michel, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

N° 2204723

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