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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304786

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304786

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantGRASCOEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 juillet et 7 septembre 2023, M. B H, représenté par Me Grascoeur, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de prononcer son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

- leur signataire était incompétent.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 août et 8 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2023 ;

- le rapport de M. F, magistrat-désigné ;

- les observations de Me Grascoeur, représentant M. H.

La préfète, régulièrement convoquée, n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant congolais (République démocratique du Congo - RDC), a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2017. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 11 mars 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a été interpellé le 4 juillet 2023 et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour pris sur le fondement des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. M. H demande au tribunal administratif d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 30 juin 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, et en son absence ou en cas d'empêchement, à M. C D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. D aurait été incompétent pour signer les décisions en cause manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de décider le renvoi de M. H en république démocratique du Congo - RDC, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. H fait valoir qu'il vit avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et qu'il a développé des liens affectifs avec les enfants de cette dernière. Il ressort toutefois des propres déclarations de M. H qu'il serait entré en France en 2017, soit, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, depuis au plus six ans. Au demeurant, sa durée de séjour en France n'est due qu'au temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile et au fait qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 11 mai 2021. Il ne fournit aucun élément de nature à établir l'ancienneté de sa relation avec celle qu'il présente comme sa concubine. Il ne fournit pas davantage d'éléments sur les relations qu'il entretient avec les enfants de cette dernière. Il ressort enfin de son audition le 4 juillet 2023 par les services de la police aux frontières qu'il n'est pas démuni de toute attache en république démocratique du Congo où vivent ses trois enfants. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. H au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, M. H n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, M. H n'établissant l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Pour refuser d'accorder à M. H un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur les circonstances, d'une part qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans chercher à régulariser sa situation, d'autre part qu'il existait un risque qu'il se soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre dès lors que, faute de justificatif de domicile, il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes. Si M. H produit une attestation établie par celle qu'il présente comme sa concubine selon laquelle il serait hébergée chez elle, cette seule pièce, qui au demeurant n'indique pas depuis quelle date le couple ferait domicile commun, ne saurait justifier de sa résidence effective et permanente. En tout état de cause, M. H est entré en France irrégulièrement et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, il est constant qu'il a fait l'objet le 11 mai 2021 d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. La préfète aurait ainsi pu prendre la même décision en se fondant sur les dispositions des 1° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

11. En premier lieu, M. H n'établissant l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée, après avoir visé les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. H est un ressortissant congolais et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans le pays dans lequel il serait légalement admissible. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est par suite suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, M. H soutient qu'il est exposé à des risques pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour en république démocratique du Congo du fait du soutien qu'il a apporté en 2011 à la candidature de M. G à la présidentielle. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir le caractère réel et actuel des risques dont il se prévaut. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour :

14. En premier lieu, M. H n'établissant l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612 10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612 6 et L. 612 7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

16. Il résulte de ces dispositions que lorsque la préfète prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

17. Pour interdire à M. H de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, la préfète du Bas-Rhin a rappelé que l'intéressé faisait l'objet d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans avoir cherché à régulariser sa situation, qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France et qu'il ne s'est pas prévalu de circonstances humanitaires de nature à justifier qu'il ne soit pas prononcée à son encontre d'interdiction de retour. Dans ces conditions, la décision attaquée, en fixant à un an la durée d'interdiction de retour prononcée à l'encontre de l'intéressé, n'est pas disproportionnée.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. H à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. H est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. H est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B H, à Me Grascoeur et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. F

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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