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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305165

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305165

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSONNENMOSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 juillet 2023 et 2 janvier 2024, la SCCV Rubis, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le maire de Stotzheim a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction de quatre bâtiments à destination d'habitation collective comportant 28 logements et la démolition d'un séchoir à tabac, sur un terrain cadastré section 45 parcelles 393, 395, 397 et 399, situé rue Binnweg ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Stotzheim une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 15 mars 2023, de sorte que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de retrait de ce permis de construire tacite, édictée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- c'est à tort que le maire de la commune de Stotzheim a, pour refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité, estimé que son projet méconnait les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, dès lors d'une part que ce projet, qui implique un allongement du réseau de distribution d'électricité de moins de cent mètres, consiste en un simple raccordement à ce réseau et non en une extension de celui-ci et, d'autre part, que le délai de réalisation de ces travaux et le concessionnaire de service public devant les exécuter étaient indiqués dans l'avis émis par Enedis le 28 novembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, la commune de Stotzheim, représentée par Me Sonnenmoser, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Stotzheim soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction immédiate a été prononcée par une ordonnance du 17 janvier 2024.

Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la commune de Stotzheim le 1er février 2024 et communiquées le 6 février 2024 à la SCCV Rubis. Sur ce même fondement, des pièces ont été produites par la SCCV Rubis le 4 mars 2024 et communiquées le 5 mars 2024 à la commune de Stotzheim.

La SCCV Rubis a produit un mémoire le 11 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Malgras,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Cheminet, avocat de la SCCV Rubis,

- les observations de Me Sonnenmoser, avocat de la commune de Stotzheim.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 octobre 2022, la SCCV Rubis a déposé une demande de permis de construire en vue de réaliser une opération consistant à édifier, après démolition d'un séchoir à tabac, quatre bâtiments à destination d'habitation collective comportant 28 logements, sur un terrain cadastré section 45 parcelles 393, 395, 397 et 399, situé rue Binnweg à Stotzheim. Par un arrêté du 6 juin 2023 dont la SCCV Rubis demande l'annulation, le maire de Stotzheim a refusé de lui délivré le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la nature de l'arrêté du 6 juin 2023 :

2. Tout d'abord, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R 423-38 et R 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". L'article R. 423-39 du même code dispose que : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". L'article R. 423-41 du même code ajoute : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49 ". L'article R. 424-1 du code de l'urbanisme précise que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ". Aux termes de l'article R. 424-3 du même code : " Par exception au b de l'article R*424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R. * 423-59 et R. * 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions (). Aux termes de l'article R. 424-4 de ce code : " Dans les cas prévus à l'article précédent, l'architecte des Bâtiments de France ou le préfet de région adresse copie de son avis ou de sa décision au demandeur et lui fait savoir qu'en conséquence il ne pourra pas se prévaloir d'un permis tacite ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le projet ne porte pas sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexe, et qu'il est soumis à un délai d'instruction relevant du régime particulier instauré à l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme, à l'instar du projet en litige, un permis de construire tacite naît quatre mois après le dépôt du dossier de demande, en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration dans ce délai de quatre mois ou d'une demande de pièces complémentaires notifiée dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, sauf dans l'hypothèse, prévue à l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme, où la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions avant la fin de ce délai d'instruction, hypothèse dans laquelle naît alors une décision implicite de rejet.

4. En outre, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ".

5. Enfin, en l'absence de dispositions expresses du code de l'urbanisme y faisant obstacle, il est loisible à l'auteur d'une demande de permis de construire d'apporter à son projet, pendant la phase d'instruction de sa demande et avant l'intervention d'une décision expresse ou tacite, des modifications qui n'en changent pas la nature, en adressant une demande en ce sens accompagnée de pièces nouvelles qui sont intégrées au dossier afin que la décision finale porte sur le projet ainsi modifié. Cette demande est en principe sans incidence sur la date de naissance d'un permis tacite déterminée en application des dispositions mentionnées ci-dessus. Toutefois, lorsque du fait de leur objet, de leur importance ou de la date à laquelle ces modifications sont présentées, leur examen ne peut être mené à bien dans le délai d'instruction, compte tenu notamment des nouvelles vérifications ou consultations qu'elles impliquent, l'autorité compétente en informe par tout moyen le pétitionnaire avant la date à laquelle serait normalement intervenue une décision tacite, en lui indiquant la date à compter de laquelle, à défaut de décision expresse, la demande modifiée sera réputée acceptée. L'administration est alors regardée comme saisie d'une nouvelle demande se substituant à la demande initiale à compter de la date de la réception par l'autorité compétente des pièces nouvelles et intégrant les modifications introduites par le pétitionnaire. Il appartient le cas échéant à l'administration d'indiquer au demandeur dans le délai d'un mois prévu par l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme les pièces manquantes nécessaire à l'examen du projet ainsi modifié.

6. D'une part, la société requérante a déposé un dossier de demande de permis de construire le 17 octobre 2022 portant, ainsi qu'il ressort de l'avis émis par l'architecte des bâtiments de France le 22 novembre 2022, sur la construction d'un ensemble immobilier d'habitation collective situé à moins de cinq cents mètres du château de Grünstein, mais dépourvu de co-visibilité avec ce monument historique, pour lequel le délai d'instruction est de quatre mois et qui, soumis à l'avis simple de l'architecte des bâtiments de France et non à son accord, ne relève pas des exceptions prévues à l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme. Les services de la commune de Stotzheim ont adressé à la pétitionnaire une demande de pièces complémentaires le 7 novembre 2022, qui a été reçue le 9 novembre 2022, soit dans le délai d'un mois mentionné à l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme. Cette demande de pièces complémentaires a dès lors interrompu le délai d'instruction de la demande fixé par les articles R. 423-23 et R. 423-24 du même code, qui a recommencé à courir le 15 novembre 2022, date à laquelle il est constant que la commune de Stotzheim a reçu l'intégralité des pièces manquantes ou insuffisantes.

7. D'autre part, compte-tenu du régime défini aux points 2 et 5, la production de pièces par la SCCV Rubis, les 24 février 2023 et 1er mars 2023, ne répondant pas à une nouvelle demande du service instructeur présentée dans les formes et délais exigés par les dispositions précitées de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme mais correspondant à des pièces modificatives déposées pendant la phase d'instruction et dont il ressort qu'elles portaient sur des modifications mineures, reste sans incidence sur la date de naissance d'un permis tacite et n'a dès lors pas eu pour effet de proroger le délai d'instruction.

8. Dans ces conditions, en vertu des dispositions citées au point 2, la requérante est fondée à soutenir qu'elle s'est trouvée bénéficiaire, à l'expiration du délai de quatre mois courant à compter de la réception des pièces manquantes par la commune, soit le 15 mars 2023, d'un permis de construire tacite et que l'arrêté en litige, notifié le 12 juin 2023, doit être regardé comme procédant au retrait de cette décision.

En ce qui concerne la légalité du retrait du permis de construire tacite :

9. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision portant retrait du permis de construire tacite est au nombre de celles qui doivent être motivées. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire. L'observation de celle-ci constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme dont le retrait est envisagé.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 6 juin 2023 attaquée ait été précédée de la procédure contradictoire prévue par ces dispositions. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision de retrait a été prise à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui est en l'espèce de nature à l'entacher d'illégalité.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige valant retrait de permis.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la SCCV Rubis est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du l'arrêté du 6 juin 2023 portant retrait du permis de construire tacite dont elle s'est trouvée bénéficiaire le 15 mars 2023.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Stotzheim le paiement de la somme de 1 500 euros à la SCCV Rubis au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Stotzheim demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 6 juin 2023 portant retrait du permis de construire tacite obtenu le 15 mars 2023 par la SCCV Rubis est annulé.

Article 2 : La commune de Stotzheim versera à la SCCV Rubis une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Stotzheim présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Rubis et à la commune de Stotzheim. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 avril 2024.

La rapporteure,

S. MALGRAS

Le président,

M. RICHARD

Le greffier,

J. FERNBACH

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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