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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305177

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305177

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Canal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant pour une durée de deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lusset en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné ;

- les observations de Me Canal, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle soutient en outre que M. A a subi une fracture de la cheville qui nécessite trois mois de soins kinésithérapiques, et qu'il est en situation de précarité, isolé et sans domicile ;

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe.

Le préfet de Meurthe-et-Moselle, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le moyen commun aux arrêtés attaqués :

3. Par un arrêté du 22 février 2023, publié le jour-même au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. E C, sous-préfet de l'arrondissement de Briey, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, et notamment les décisions d'éloignement prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. C, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige.

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, les conditions dans lesquelles une décision administrative est notifiée à son destinataire sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend.

6.

En troisième lieu, M. A, ressortissant algérien entré en France en 2021 selon ses déclarations, fait valoir à la barre qu'il a subi une fracture de la cheville qui nécessite trois mois de soins kinésithérapiques, qu'il est en situation de précarité, isolé et sans domicile, et qu'il souhaite rester en France. Toutefois, le requérant, qui n'a entrepris aucune démarche depuis 2021 pour régulariser sa situation administrative, a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en février 2021 et avril 2022, assorties toutes deux d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et auxquelles l'intéressé n'a pas déféré. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Versailles le 17 août 2022 à une peine d'emprisonnement ferme de huit mois prononcée pour outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique et violation de domicile, et qu'il est très défavorablement connu des services de police pour de multiples mises en cause pour des faits de vols, vols aggravés, usage de stupéfiants, usage de faux documents administratifs, recel, ou encore dégradation du bien d'autrui, faits de surcroît commis sous une dizaine d'identités différentes. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire et sans enfant, n'établit pas l'existence de liens en France, et a indiqué que l'ensemble de sa famille, et notamment ses parents, résident toujours en Algérie. Enfin, il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas recevoir en Algérie, le cas échéant, et en tout état de cause, les soins de kinésithérapie dont il a besoin. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de son séjour en France, le préfet de Meurthe-et-Moselle, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a ainsi pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision de refus de délai de départ volontaire ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

8. En second lieu, et alors que le requérant s'est borné à cocher dans sa requête les cases d'un formulaire préétabli, il résulte des motifs énoncés au point 6 que le préfet pouvait légalement estimer, pour refuser à M. A un délai de départ volontaire, que ce dernier constituait une menace pour l'ordre public et présentait un risque de fuite.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision fixant le pays de destination ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

10. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Le requérant, qui s'est borné ainsi qu'il a été dit à cocher dans sa requête les cases d'un formulaire préétabli, ne fait état d'aucun éléments susceptible d'établir qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations précitées en cas de retour en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

13. En second lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A est entré irrégulièrement sur le territoire et n'a jamais cherché à régulariser sa situation, est célibataire et sans enfant, ne justifie d'aucun lien amical et familial en France, représente une menace à l'ordre public, a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et d'interdiction de retour sur le territoire français et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Compte tenu de ces éléments, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 26 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. Lusset

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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