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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305203

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305203

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Canal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lusset en application des dispositions de l'article L. 572-6 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné ;

- les observations de Me Canal, avocate de M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle soutient en outre que le requérant a fui sont pays, où il est menacé, et a un fils en France qui est scolarisé ;

- les observations de M. D, assisté de M. E, interprète assermenté en langue géorgienne.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas celle en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C, signataire des décisions en litige, ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, les conditions dans lesquelles une décision administrative est notifiée à son destinataire sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant géorgien né le 14 octobre 1987 entré en France en avril 2019, a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 juillet 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile le 28 novembre 2019. Il a ensuite fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par la préfecture du Haut-Rhin le 23 décembre 2019 et d'une seconde obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire assorti d'une interdiction de retour d'un an le 6 janvier 2021. Il est constant que l'intéressé n'a pas déféré à ces mesures. Par ailleurs, il ressort du dossier qu'il a été interpellé et placé en garde à vue le 19 juillet 2023 pour des faits de violences conjugales, faits qu'il a reconnu lors de son audition par les services de police. Il est d'ailleurs constant que l'intéressé est depuis lors séparé de sa compagne, et aucun élément ne permet d'établir qu'il participerait effectivement à l'entretien ou à l'éducation de son enfant. Au demeurant, sa compagne, compatriote géorgienne, est également en situation irrégulière sur le territoire français, et n'a donc pas vocation à y demeurer. Enfin, l'intéressé ne fait preuve d'aucun début d'intégration en France. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de son séjour en France, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a ainsi pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision de refus de délai de départ volontaire ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

8. En second lieu, et alors que le requérant s'est borné dans sa requête à cocher les cases d'un formulaire préétabli, il résulte des motifs énoncés au point 6 que le préfet pouvait légalement estimer, pour lui refuser un délai de départ volontaire, qu'il présentait notamment un risque de fuite et, pour ce motif, lui refuser un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision fixant le pays de destination ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

10. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Le requérant, qui s'est borné, ainsi qu'il a été dit, à cocher dans sa requête des cases d'un formulaire préétabli, ne fait état d'aucun éléments susceptible de démontrer qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations précitées en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne lui a pas été communiquée dans une langue qu'il comprend devront être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement.

13. En second lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 6, M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français, et a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, dont une déjà assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, auxquelles il n'a pas déféré. Il ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance humanitaire particulière. Compte tenu de ces éléments, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en fixant à un deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 26 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. Lusset

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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