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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305276

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305276

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (4)
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. B A, représenté par

Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, le cas échéant, jusqu'à la date de la notification d'une ordonnance de ladite Cour ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de cette décision ne bénéficiait pas d'une délégation de compétence ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la fixation du pays de renvoi :

- la décision contestée est contraire aux dispositions du dernier alinéa de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision contestée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné M. Stéphane Dhers en application de l'article

L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Dhers,

- les observations de Me Rommelaere, substituant Me Snoeckx, avocate de M. A, qui a repris les moyens et les éléments exposés dans la requête et indiqué que le requérant se désistait de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 9 novembre 1996, a déclaré être entré en France le 23 février 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 13 mars 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet de la Moselle a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Le requérant demande, à titre principal, au tribunal administratif d'annuler ces décisions et, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision obligeant M. A à quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 mai 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à Monsieur C D, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exception des circulaires, des instructions et des arrêtés d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D, signataire de cette décision, ne bénéficiait d'aucune délégation de compétence doit être écarté.

4. En second lieu, en se bornant à soutenir qu'il " est présent en France depuis mars 2022 " et qu'" il a noué des liens personnels et amicaux avec des personnes résidant sur le territoire ", M. A n'établit pas que la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de ces stipulations : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. A soutient qu'il est menacé dans son pays d'origine par son père au profil violent et qui présente une addiction à l'alcool, la seule production du compte-rendu de l'entretien qu'il a eu avec un officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 juillet 2022 ne permet pas de l'établir. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

8. En second lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le préfet de la Moselle n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation de la situation de M. A, alors même que sa présence en France ne troublerait pas l'ordre public. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de la commission d'une erreur de droit doit, en tout état de cause, être écarté, dès lors qu'il repose sur des arguments identiques à ceux auxquels il vient d'être répondu.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions litigieuses du 27 juin 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Snoeckx et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2023.

Le vice-président désigné,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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