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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305317

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305317

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2305317, le 25 juillet 2023, Mme E G, représentée par Me Rommelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme G soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- le signataire du refus de titre de séjour ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays à destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2305319, le 25 juillet 2023, M. B G, représenté par Me Rommelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. G soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- le signataire du refus de titre de séjour ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays à destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julien Iggert,

- et les observations de Me Rommelaere pour M. et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2305317 et 2305319 présentées pour M. B G et Mme E G sont relatives à la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme G, ressortissants albanais sont entrés en France au cours de l'année 2016, selon leurs déclarations, accompagnés de leurs deux filles. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 29 août 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et le 3 février 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Mme G a fait l'objet d'un refus de titre de séjour accompagné d'une obligation de quitter le territoire français qu'elle a contesté en vain devant le tribunal et la cour administrative d'appel de Nancy et M. G a fait l'objet d'un refus de titre simple le 4 février 2019. Ils ont présenté une nouvelle demande le 8 avril 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés en date du 22 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé leur pays de destination. M. et Mme G demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 octobre suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer " () tous les arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département " à l'exception d'un certain nombre d'actes dont ne fait pas partie la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, qui protègent d'une atteinte disproportionnée le droit au respect de la vie privée et familiale, l'étranger qui invoque la protection due à ce droit doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. S'il est constant que M. et Mme G résident en France de manière habituelle et continue depuis 2016, il ressort des pièces des dossiers qu'ils ne se sont maintenus sur le territoire français que pendant le temps nécessaire à l'instruction des différentes demandes qu'ils ont vainement présentées et en dépit d'une mesure d'éloignement qui n'a pas été exécutée. Deux enfants du couple sont nés sur le territoire français en 2016 et en 2021. Pour justifier de l'insertion dans la société française de leurs enfants, A et Mme G se bornent à produire des certificats de scolarité et un document attestant que les deux aînées ont participé à une action bénévole d'une durée de 2 heures en septembre 2021. M. et Mme G, entrés en France à l'âge de 30 et 29 ans, ne justifient pas de liens établis depuis leur arrivée en France et n'établissent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où résident, pour le moins, les parents, le frère et la sœur de M. G et le père de Mme G. La seule promesse d'embauche dont se prévaut M. G et la circonstance, au demeurant non établie, qu'il aurait recherché en vain à participer à des activités de bénévolat, ne permettent pas d'établir des circonstances humanitaires ou exceptionnelles ou que les requérants auraient fixé en France leur vie privée et familiale. Dès lors, eu égard notamment aux conditions du séjour en France des intéressés, les décisions en litige ne portent pas une atteinte disproportionnée au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Les décisions de refus de séjour attaquées n'impliquent pas, compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 5, que les enfants de A et Mme G soient séparés de leurs parents. Si Mme D C, fille aînée de Mme G issue d'une précédente union, a présenté une demande de titre de séjour en son nom une fois devenue majeure, elle est en tout état de cause, susceptible de constituer sa propre cellule familiale. Par ailleurs, les intéressés n'établissent pas que leurs enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Albanie. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent dès lors être écartés.

Sur la légalité des décisions octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

8. En premier lieu, les décisions portant refus de titre de séjour n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de ces décisions, doit être écartés.

9. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5

Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :

10. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 : Les requêtes nos 2305317 et 2305319 présentées par M. et Mme G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Mme E G, à Me Rommelaere et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère,

M. H F, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023

Le président rapporteur,

J. IGGERT

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

L. KALT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2305317, 2305319

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