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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305413

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305413

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantETTEDGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet et 2 août 2023, M. H F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de leurs auteurs ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle mentionne à tort qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva, magistrate désignée ;

- les observations de Me Ettedgui, avocat de M. F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures ;

- et les observations de M. F, qui indique ne pas avoir besoin de l'aide d'un interprète et insiste sur son souhait de rester en France auprès de sa compagne et de leurs enfants.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H F, ressortissant algérien né en 1988, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Geispolsheim, est entré en France en 2018 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 1er avril 2022 assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an et a été assigné à résidence. Il a été interpellé par les services de police de Mulhouse et placé en garde à vue le 26 juillet 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme I E, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. J G, directeur de l'immigration de la citoyenneté et de la légalité, de M. A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration et de Mme D C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Il n'est ni établi, ni même allégué, que M. G, M. B et Mme C n'auraient pas été absents ou empêchés lors de l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E, signataire de la décision attaquée, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. F doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ces stipulations ne garantissent pas au ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Le requérant, qui affirme, sans toutefois l'établir, être présent en France de manière continue depuis 2018, a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en 2022, qu'il n'a pas exécutée. S'il se prévaut de la présence en France de sa compagne, également de nationalité algérienne, et de leurs deux enfants, nés le 29 septembre 2021 et le 21 juillet 2023, soit cinq jours avant son interpellation, il n'établit ni la situation régulière de sa concubine sur le territoire français au regard du droit au séjour, ni la réalité, l'ancienneté et la stabilité de leur relation. Il n'apporte aucun élément de nature à établir la nationalité de ses enfants, ni qu'il entretiendrait actuellement des relations avec eux, ni que perdurerait une communauté affective tant avec sa compagne qu'avec leurs enfants. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F s'est fait défavorablement connaître des services de police à trois reprises en 2022, notamment pour des faits de vol, de détention, offre ou cession non autorisées de stupéfiants et de violences aggravées. Il a été condamné par jugement du 10 août 2022 à une peine de douze mois d'emprisonnement. Le 26 juillet 2023, il a été placé en garde à vue en dernier lieu pour des faits de recel de vol aggravé. Alors qu'il est constant que la compagne de M. F est une compatriote, en séjour irrégulier en France, et que leurs enfants sont de nationalité algérienne comme leurs deux parents, le requérant ne produit aucun élément probant permettant d'établir l'existence de liens personnels avec la France d'une particulière intensité. Il ressort des propres déclarations de l'intéressé au cours de son audition par les services de police que ses parents sont décédés mais qu'il conserve en Algérie beaucoup de membres de sa famille. S'il soutient dans ses écritures et en audience que ses frères résident en France, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée du séjour de l'intéressé, notamment à son absence d'intégration dans la société française, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des propres déclarations du requérant lors de son audition par les services de police qu'il a conservée, en Algérie, une partie des membres de sa famille et notamment des cousins. Il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision en litige d'une erreur de fait en précisant que l'intéressé n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Ce moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut pas être accueilli.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. D'une part, si M. F soutient qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il a été condamné par jugement du tribunal judiciaire de Mulhouse du 10 août 2022 à une peine de douze mois d'emprisonnement pour des faits de violences aggravées et qu'il s'est fait défavorablement connaître des services de police ou de gendarmerie à trois reprises pour d'autres faits graves en 2022. D'autre part, s'il soutient qu'il ne présente pas un risque de fuite, il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Il s'ensuit le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur d'appréciation car il ne constitue pas une menace à l'ordre public au regard de l'article L. 612-2, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne présente pas un risque de fuite doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut pas être accueilli.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait soumis à des traitements inhumains et dégradants. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour en litige devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut pas être accueilli.

15. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

16. Il ressort des pièces du dossier, qu'eu égard aux conditions de son séjour en France, à son casier judiciaire et à l'ensemble de sa situation personnelle, le requérant n'établit pas qu'en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

17. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En quatrième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

19. La mesure d'interdiction de retour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants. En outre, si le requérant ainsi que sa compagne ne disposent d'aucun droit au séjour en France et doivent rejoindre l'Algérie, leurs enfants ont vocation à les suivre leurs parents dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H F et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 3 août 2023.

La magistrate désignée,

S. Jordan-SelvaLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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