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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305500

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305500

lundi 7 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, M. A B, actuellement détenu au centre pénitentiaire de Metz, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, faute pour le préfet de la Moselle d'avoir réexaminé sa situation conformément à l'injonction de la cour administrative d'appel de Nancy du 29 décembre 2021 ;

- le préfet de la Moselle a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas un risque de fuite ;

- la décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur la légalité de l'interdiction de retour en France :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pouget-Vitale en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné ;

- les observations de M. B.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 7 août 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 2000, est entré en France en octobre 2020. Par jugement du 6 juillet 2022, le tribunal correctionnel de Metz l'a condamné à une peine de vingt-quatre mois d'emprisonnement délictuel, avec maintien en détention, dont six mois assortis du sursis probatoire, pour des faits commis le 3 juillet 2022 de violence avec usage ou menace d'une arme, suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Par un arrêté du 26 juillet 2023, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, pour une durée d'un an. M. B devant être libéré le 8 août 2023, il y a lieu, pour le magistrat désigné, de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté :

4. Par un arrêté du 30 mai 2023, régulièrement publié le 31 mai 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. C E, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exception des circulaires, des instructions et des arrêtés d'expulsion et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D F, ajointe au chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, pour les matières relevant de la compétence de ce bureau. Il n'est ni établi, ni même allégué par le requérant que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué par Mme F. Par suite, le moyen tiré de ce que la signataire ne bénéficiait d'aucune délégation de compétence doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit qui en constituent le fondement, la seule circonstance que l'accord franco-algérien n'a pas été mentionné étant à ce titre sans incidence dès lors que la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant a pour fondement le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable, sur ce point, aux ressortissants algériens. Par ailleurs, la décision comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, le caractère exact ou inexact des informations retenues par le préfet de la Moselle étant sans incidence pour apprécier le respect de l'exigence formelle de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, par la présente obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle doit être regardé comme procédant à l'exécution de l'arrêt rendu le 29 décembre 2021 par la cour administrative d'appel de Nancy, qui avait enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation du requérant à la suite de l'annulation d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 précise que le risque de fuite se caractérise notamment par le fait que : " () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

8. Le préfet de la Moselle a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai à l'encontre du requérant sur les deux fondements précités, en considérant que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, et que, sans avoir sollicité de titre de séjour, il n'était pas entré régulièrement sur le territoire français. Cette dernière appréciation fondée sur l'entrée irrégulière de M. B en France et le risque de fuite est erronée, compte tenu du passeport et du visa long séjour produit par le requérant dans la présente instance. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de la Moselle aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur la circonstance que la présence de M. B en France constitue une menace pour l'ordre public. Cette menace apparaît réelle et actuelle compte tenu des faits cités au point 1, pour lesquels il a été condamné à un quantum de peine significatif par l'autorité judiciaire, afin d'en éviter la réitération, et qui révèlent un comportement violent et dangereux de M. B, ce dernier ayant fait usage d'une arme blanche pour attaquer un individu qui se trouvait à son domicile à la demande de l'épouse de M. B. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur d'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France à l'âge de 19 ans, de sorte qu'il a résidé la majeure partie de sa vie à l'étranger, où il n'est pas dépourvu d'attaches familiales ou personnelles, ses parents ainsi qu'un jeune frère de 14 ans résidant encore en Algérie. S'il se prévaut de son mariage célébré en mai 2022 avec une ressortissante française, il est constant que la vie commune a cessé depuis l'incarcération du requérant en juillet 2022, de sorte qu'il ne peut se prévaloir de cette union pour justifier son maintien en France au titre de la vie privée et familiale. A ce titre, contrairement à ce qui a été soutenu à l'audience, aucune pièce du dossier ne permet d'établir le maintien d'une relation entre M. B et son épouse durant son incarcération. Par ailleurs, M. B ne fait état d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière, la promesse d'embauche du 15 août 2022 pour un emploi de technicien en fibre optique étant à ce titre ancienne et insuffisante, alors que le requérant ne justifie d'aucune qualification ou expérience en la matière. Enfin, la circonstance que le frère du requérant est disposé à l'héberger à son domicile à l'issue de la levée d'écrou de l'intéressé ne permet pas de considérer que M. B a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, au regard de ses conditions de séjour en France, le préfet de la Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de mener une vie privée et familiale normale, au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour en France :

11. En premier lieu, l'interdiction de retour en France comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. En l'espèce, au regard des conditions de séjour en France de M. B, telles que rappelées au point 10, et de son comportement menaçant pour l'ordre public, tel que rappelé au point 8, le préfet de la Moselle a légalement pu décider d'une interdiction de retour en France à son encontre, et n'a pas méconnu le texte cité au point précédent en fixant cette interdiction à la durée d'un an. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit ainsi être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2023.

Le magistrat désigné,

V. Pouget-VitaleLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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