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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305535

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305535

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 16 août 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2023 par laquelle le préfet du Doubs l'a maintenu en rétention ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile, de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui remettre tout effet personnel qui serait en possession de l'administration ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet doit justifier des délégations de signature ;

- la décision n'est pas signée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est incompatible avec la directive accueil ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du caractère dilatoire de sa demande.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 et 17 août 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en application de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 17 août 2023, au cours de laquelle, après rapport de l'affaire, ont été entendues :

- les observations de Me Kilinç, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'interprète n'a pas signé la décision attaquée ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de M. E, interprète en langue arabe.

Le préfet du Doubs, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 16 août 1997, a été placé en rétention le 28 juillet 2023 où il a déposé une demande d'asile. Par la décision attaquée, le préfet du Doubs l'a maintenu en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet du Doubs a versé au dossier la décision attaquée, revêtue de la signature de M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs. Si M. C fait valoir que la décision qui lui a été notifiée n'était pas signée et que la décision aurait été signée postérieurement à son édiction, il ne le démontre pas. M. D est bénéficiaire d'une délégation accordée le 13 juillet 2023 et publiée le 25 juillet suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. La décision n'est par suite pas entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision et la circonstance que la décision ne soit pas signée par l'interprète sont sans incidence sur sa légalité.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

6. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du paragraphe 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".

9. La circonstance que l'arrêté de maintien en rétention aurait été édicté avant que M. C remette sa demande d'asile aux autorités du centre de rétention administrative est, compte tenu de ce que la demande d'asile est remise " sous pli fermé " et que l'autorité préfectorale n'est pas compétente pour en apprécier le bien-fondé, sans incidence sur le sens de la décision de maintien de l'intéressé en rétention le temps nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et ne l'a privé d'aucune garantie. Informé dès le 29 juillet 2023 de l'intention de M. C de demander l'asile, le préfet du Doubs, qui disposait des éléments de la situation personnelle du requérant lui permettant d'exercer son contrôle, pouvait en tout état de cause examiner si la demande d'asile que l'intéressé envisageait de déposer était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est entré irrégulièrement en France en 2019 selon ses déclarations, n'a manifesté son intention de demander l'asile ni lors de son entrée sur le territoire, ni lors de sa garde à vue le 27 juillet 2023, mais seulement le 28 juillet 2023 lors de son arrivée au centre de rétention administrative. Dans ces conditions, le préfet, qui a pu à juste titre estimer que la demande d'asile formulée par M. C n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement formée à son encontre, n'a pas fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant son maintien en rétention.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2023. Sa requête doit être en conséquence rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Doubs.

Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

J. A,

Première conseillère

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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