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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305600

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305600

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 4 août 2023 et le 14 décembre 2023, sous le n°2305600, Mme F E épouse B, représentée par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision née du silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète du Bas-Rhin à sa demande de titre de séjour présentée le 6 février 2023 ;

3°) d'annuler la décision du 11 octobre 2023, par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) à défaut, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour implicite :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur le refus de séjour en date du 11 octobre 2023 :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre et le 19 décembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut à ce qu'il n'y ait pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet et doit être regardée comme concluant au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que par arrêté du 11 octobre 2023 elle a expressément refusé le séjour à la requérante et que cette décision s'est substituée à la décision implicite attaquée.

Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août et le 14 décembre 2023, sous le n° 2305601, M. C B, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision née du silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète du Bas-Rhin à sa demande de titre de séjour présentée le 6 février 2023 ;

3°) d'annuler la décision du 11 octobre 2023, par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) à défaut, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soulève les mêmes moyens que ceux exposés au soutien de la requête n° 2305600.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut à ce qu'il n'y ait pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet.

Elle soutient que par arrêté du 11 octobre 2023 elle a expressément refusé le séjour à la requérante et que cette décision s'est substituée à la décision implicite attaquée.

Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2305600 et n° 23055601 présentées pour Mme et M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme et M. B, ressortissants kosovars, nés respectivement les 27 mai 1980 et 25 mai 1973, sont entrés en France le 18 décembre 2014 accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Ils ont fait l'objet le 17 mars 2015 d'une décision de transfert aux autorités hongroises qui n'a pas été exécutée. Leur demande d'asile formulée le 9 novembre 2015 a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 mars 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 octobre 2016. Le 18 mai 2017, Mme B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 313-11 11°, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vu opposer un refus en date du 4 décembre 2019 assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Son époux a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le même jour. Le 3 décembre 2020, les requérants ont déposé une nouvelle demande d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêtés du 30 mars 2021, la préfète du Bas-Rhin n'a pas fait droit à leur demande et les a obligés à quitter le territoire français. Le 6 février 2023, les époux B ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 11 octobre 2023, dont ils demandent l'annulation, la préfète du Bas-Rhin leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Mme et M. B ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur leur demande du bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

4. Si en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. En l'espèce, le silence gardé pendant quatre mois par l'autorité administrative sur les demandes de titre de séjour de Mme et M. B a fait naître, le 6 juin 2023, une décision implicite de rejet conformément aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par décisions du 11 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin a expressément rejeté les demandes de titre de séjour présentées par les intéressés sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, ces secondes décisions se sont substituées aux premières et les conclusions aux fins d'annulation ainsi que les moyens dirigés contre les décisions implicites initiales doivent être regardés comme dirigés contre les décisions expresses du 11 octobre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulations :

6. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D, signataire des arrêtés attaqués, ne dispose pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Les dispositions et stipulations précitées ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Si Mme et M. B font valoir qu'ils résident en France depuis 2014, la durée de leur séjour est en grande partie liée à l'examen de leurs demandes d'asile et d'admission au séjour rejetées et à la circonstance qu'ils n'ont pas exécuté les mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants seraient dépourvus d'attaches privées et familiales au Kosovo où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. La présentation par M. B d'une promesse d'embauche qui n'est datée que du mois d'avril 2021 en qualité de préparateur de commande, de même que les activités de bénévole de Mme B dans une banque alimentaire, ne sont pas suffisantes pour démontrer l'existence d'une intégration et de liens d'une particulière intensité en France. De même, les requérants ne peuvent se prévaloir de ce que leur fils aîné A justifie désormais d'un insertion sociale et professionnelle dès lors qu'il est constant que ce dernier s'est vu délivrer un titre de séjour et a vocation à créer sa propre cellule familiale bien qu'il soit encore un jeune majeur. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de Mme et M. B en France, la préfète du Bas-Rhin, en adoptant les décisions attaquées, n'a pas porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme et M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire de Mme et M. B.

Article 2: Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme F E épouse B et M. C B, à Me Chebbale et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Cormier, conseiller,

Mme Fuchs Uhl, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

T. GROSL'assesseur le plus ancien,

R. CORMIER

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à

tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

NOS 2305600, 2305601

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